CHAPITRE XXIV
talents reconnus lui fit confier ensuite différentes négocia- 1357 tions importantes. Ainsi, il fut adjoint a la légation du cardinal de Boulogne en Espagne, pour moyenner la paix qui fut conclue, en 1369, entre les rois de Castille et d'Arragon. L'année suivante il fut envoyé avec dix galères pour ramener d'Italie en France le pape Urbain V. En 1374, il fut député à Bruges pour traiter de la paix avec l'Angleterre. En 1376 il fut envoyé ambassadeur en la cour de Rome.
Le succès avec lequel il remplit ces missions lui acquit l'amitié et la confiance de Charles V, qui le combla d'honneurs et de récompenses. En effet, de simple abbé de Fécamp, de simple prieur de Snint-Denis-de-la-Chartre de Paris, de simple chanoine de l'église cathédrale de cette ville, et de simple archidiacre en celle de Rouen, il devînt conseiller au parlement, président de la cour des aides, surintendant des finances , conseil à la tutelle des enfants de • France et premier ministre. Le monarque ne faisait rien d'important sans le consulter, et l'excellence des conseils donnés par ce nouveau Suger sorti d'un cloître, comme l'ancien, ne contribua pas peu à lui faire obtenir le surnom mérité de Sage.
En 1372, Jean de la Grange fut nommé à l'évéché d'Amiens, et, au mois de décembre 1375, il fut créé cardinalprêtre du titre de Saint-Marcel, plus connu sous le nom de cardinal d'Amiens, En cette qualité, il assista au conclave de 1378 où on révoqua la nomination du pape Urbain VI, et où on nomma Clément VII, qui siégea à Avignon et conféra, en 1379, au cardinal d'Amiens, l'évéché de Tusculane ou Frascati. Cet anti-pape , ou plutôt ce pape français, étant mort en 1394, Jean de la Grange contribua a continuer le schisme par l'élection de Benoit XIII, autre pape français, sous l'obéissance duquel il mourut, le 24 avril 1402 , a Avignon.
S 6. Douze jours avant sa mort, le cardinal de la Grange
BISTOIRF. DE CICRt.
1357 ayait fait un testament dans lequel il s'était souvenu de ^'gny, l'un de ses premiers bénéfices, aussi bien que de Charles-le-Sage, son bienfaiteur et son ami. c ut. Par ce testament , il Ût à notre prieuré un legs de 500 fr.
( environ six mille francs de la monnaie de nos jours), pour en acheter des rentes et en payer une partie de certain étang déjà achetée par les religieux, mais qu'on ne peut reconnaître aujourd'hui, faute d'autre désignation. En considération de ce legs, il exigea de nos moines la célébration, chaque année , de douze anniversaires successifs, précédés de vigiles, et en outre, à perpétuité, celle d'une messe de Requiem, chaque jour de Tannée, pour le repos de son ame, de celles de ses parents et de celle du roi Charles.
Il fit des legs analogues, mais la plupart moins considérables, aux monastères de Fécamp, OUincourt, Aisnay, Amberte , Saint-Claude, la Bénisson-Dieu, Charlicu, Parai , Saint-Martial d'Avignon, etc., moyennant des prières en mêmes intentions que celles de Gigny.
Par le mémo acte, il fonda un collège à Avignon pour l'éducation d'enfants du diocèse de Lyon. Il élut sa sépulture dans l'église d'Amiens, avec fondation d'une chapelle a ériger sous le nom de chapelle de la Grange, à l'effet d'y déposer ses restes mortels, ainsi que ceux de son père, de sa mère, de ses frères, sœurs et autres parents inhumés dans l'église d' Amberte. Enfin, il nomma exécuteurs de son testament ses deux neveux, Jean Filhet et Jean de Boissy, le premier évêque d'Apt et le second évéque d'Amiens, et précédemment de Maçon.