LIVRE 1, CHAP, XI. aa
avait perdu la vie dans une bataille. Un homme revenu depuis peu d'Afrique me fit ce rapport, en m’assurant qu'il avait parfaitement connu don Alvar de Mello; qu’il avait servi dans l'armée portugaise avec lui, et qu'il l'avait vu périr dans l’action. Il ajoutait à cela d’autres circonstances encore qui achevèrent de me persuader que mon époux n’était plus : ce rapport ne servit qu’à fortifier ma douleur, et qu'à me faire prendre la résolution de ne jamais me remarier. Dans ce temps-là, don Ambrosio Mesio Carrillo, marquis de la Guardia, vint à Valladolid. C'était un de ces vieux scigneurs qui, par leurs manières galantes et polies, font oublier leur âge, et savent encore plaire aux femmes. Un jour, on lui conta par basard l’histoire de don Alvar; et, sur le portrait qu'on lui fit de moi, il eut envie de me voir. Pour satisfaire sa curiosité, il gagna une de mes parentes, qui, d'accord avec lui, m'attira chez elle. 11 s'y trouva. Il me vit, et je lui plus, malgré l'impression de douleur qu'on remarquait sur mon visage : mais que dis-je, malgré? peut-être ne fut-il touché que de mon air triste et languissant, qui le prévenait en faveur de ma fidélité; ma mélancolie peut-être fit naître son amour, Aussi bien il me dit plus d’une fois qu'il me regardait comme un prodige de constance, et même qu'il enviait le sort de mon mari. quelque déplorable qu'il fût d'ailleurs. En un mot, il fut frappé de ma vue, et il n’eut pas besoin de me voir une seconde fois pour former la résolution de m’épouser.
Il choisit l'entremise de ma parente pour me faire agréer son dessein. Elle me vint trouver, et me représenta que mon époux ayant achevé son destin dans le royaume de Fez, comme on nous l'avait rapporté, il n’était pas raisonnable d’ensevelir . plus longtemps mes charmes; que j'avais assez pleuré un homme avec qui je n'avais été unie que quelqnes moments, ct que je devais profiter de l'occasion qui se présentait; que je serais la plus beureuse femme du monde. La-dessus, elle me vanta la noblesse du vieux marquis, ses grands biens et son bon caraclère; mais elle eut beau s'étendre avec éloquence sur tous les avantages qu'il possédait, elle ne put me persuader. Ce n’est pas que je doutasse de la mort de don Alvar, ni que la crainte de le revoir tout à coup, lorsque j'y penserais le moins, m'arrètât. Le peu de penchant, ou plutôt la
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disgrices : À peine suis-je hors d'un péril, que je retombe dans un autre. En arrivant dans cette ville, j'étais bien éloigné de penser que j'y ferais sitôt connaissance avec le corré~ gidor. En faisant ces réflexions inutiles, je remis le maudit pourpoint et le reste de l'habillement qui m'avait porté maleur; puis, m’exhortant moi-même à prendre courage > Allons, dis-je, Gil Blas, aic de la fermeté; songe qu'après ce temps-ci il en viendra peut-être un plus eureux, Te sied-il bien de te désespérer dans une prison ordinaire, après avoir fait un si pénible essai de patience dans le souterrain ? Mais, hélas, ajoutai-je tristement je m'abu ”
sortir d'ici? Lister sans argent est un oi à q Au lieu de la perdrix et du laperca dean, et on me laissa ronger m vy demeurai quinze jours entiers sans voir pe concierge, qui avait soin de venir 3 |
je tachais de lier conversation avec lui
un peu : mais ce personnage ne répondait rien à tout ce que je lui disais; il ne me fut pas possible d'en tirer une parole; il entrait même et sortait le plus souvent sans me regarder, Le séizième jour, le corrégidor parut, el me dit : Enfin, mon ami, tes peines sont fines ; tu peux l'abandonner à la joie ; je viens L'annoncer une agréable nouvelle, J'ai fait conduire à Burgos la dame qui était avec toi; je l'ai in
son départ, et ses réponses vont à ta décharge.
élargi dès aujourd'hui, pourvu que le muletier avec qui ta ei venu de Pegnaflor à Cacabelos, comme tu me l'as dit, con firme ta déposilion. Il est dans Astorga. Je
cher; jo Vattends : sil convient de l'aventure de la question, Je te mettrai sur-le-champ en liberté.
Ces paroles me réjouirent. Dès ce moment, je me crus hors Malfaire.Je remerciai le juge de la bonne ot briève justice Qu'il voulait me rendre; et je n'avais pas encore achevé mon ‘compliment, que le muletier, conduit par deux archers, ar- ‘Hiya. Je le reconnus aussitôt ; mais le bourreau de muletier, ‘qui'sans doule avait vendu ma valise avec toul ce qui était