LIVRE 1, CHAP. XI
attention, comme si c’edt été pour eux un spectacle nouveau de voir une femme à cheval derrière un homme. Nous descendimes à la première hôtellerie, où j'ordonnai d'abord qu’on mit à la broche une perdrix et un lapereau. Pendant qu'on exéeutait mon ordre, et qu'on nous préparait à diner, je condaisis la dame à une chambre, où nous commençâmes à nous entretenir; ce que nous n'avions pu faire en chemin, parce que nous étions venus trop vile. Elle me témoigna combien elle était sensible au service que je venais de lui rendre, et me dit qu'après une action si généreuse, elle ne pouvait persuader que je fusse un compagnon des brigands à qui je l'avais arrachée. Je lui contai mon histoire, pour la confirmer dans la bonne opinion qu'elle avait conçue de moi. Par là je l'engageai à me donner sa confiance, et à m’ap-
prendre ses malheurs, qu’elle me raconta comme je vais le ‘ |
dire dans le chapitre suivant.
CHAP. XL. — Histoire de dona Mencia de Momuera.
Je suis née à Valladolid, et je m'appelle dona Mencia‘de |
Mosquera. Don Martin mon père, après avoir consumé presque tout son patrimoine dans le service, fut tué en Portugal, à la tête d'un régiment qu'il commandait. I] me laissa si peu de bien, que j'étais un assez mauvais parti, quoique je fusse fille unique. Je ne manquai pas toutefois d’amants, malgré la médiocrité de ma fortune. Plusieurs cavaliers des plus considérables d'Espagne me recherchèrent en mariage. Celui qui s'attira mon attention fut don Alvar de Mello. Véritablement il était mieux fait que ses rivaux; mais des qualités plus solides me déterminérent en sa faveur. Il avait de l'esprit, de Ja discrétion, de Ja valeur et de la probité. D'ailleurs, il pou- ! vait passer pour l’homme du monde Te plus galant. Fallait-il donner une fête, rien n'était mieux entendu; et s'il paraissait dans les joutes!, il y faisait toujours admirer sa force et son adresse. Je le préférai donc à tous les autres, et je l'épousal.
Peu de jours après notre mariage, il rencontra dans un endroit écarté don André de Baësa, qui avait été un de ses rivaux. Ils se piquèrent l'un l'autre et mirent l'épée à la main.
* deu, combats singallers d'homme à homme, avec des lances; ces combate ama à ta mode dans le Lempe où se passe Faction de cette histoire.
Li CL MLAS,
Teux pour y arriver. Nous avions sujet de craindre que don ), à son retour, ne se mit sur nos traces avec un grand nombre de personnes, ét ne nous joignit. Cependant nous marchdmes pendant deux jours sans voir paraître à nos trousses ‘aucun cavalier. Nous espérions que la troisième journée se passerait de même, et déjà nous nous tenions fort tranquillement. Don Alvar me contait la triste aventure qui avalt donné lieu au bruit de sa mort, et comm t, après cing années Wesclayage, il avait recouvré la liberté, trimies hier, sur le chemin de Léon, les voleurs avec qui vous étiex, C'est lui qu'ils ont tué avec | tous ses gens, et c'est lui qui fait couler les pleurs que vous me voyez répandre en ce moment. as .
CHAY. X11, — Do quollo manière désagréable Gil Has et la dame furent interrerapat.
Dona Mencia fondit en larmes après avoir achevé ce récit. Bien loin d'entreprendre de la consoler par des discours dans le goût de Sénèqué, je la laissai donner un libre cours à ses Soupits; Je pleural même aussi, tant il est naturel de s'intéresser pour les malheureux, et particulièrement pour une belle personne afligée. J'allais Tal demander quel rti elle voulait prendre dans la conjoncture où clle se trouvait, et peut-être allait-elle me consulter là-dessus, si notre conversation n’eat pas été intérromipue : mals nous entendimes dans l'hôtellerie un grand bruit, qui, malgré nous, attira notre attention, Ce bruit était causé par l'arrivée du corrégidor, suivi de deux alguazils * et de plusieurs archers. Is vinrent dans la chambre ‘oh nous étions, Un jeune cavalier, qui les accompagnait, s'ap= procha de moi le premier, et se mit à regarder de près mon habit. Il n’eut pas besoin de l'éxaminer longtemps. Par saint Jacques, s'écria-t-il, voilà mon pourpoint ! c'est lui-même; ‘MW n’est pas plus difficile À reconnaitre que mon cheval. Vous
t Aljuaril : c'eut un liniwior exdcuteur des onires du corrigidor, une manière ite tt de Le Sage, Ajouons-7, 1" au'en pagal wae grue aralgnde Je, mecs dan, ile pulls exprensinast algues de mous,
‘des tedchen; 2° qu'en Lapagne ln charge de grand alguazil est uve di Phaootsient d'être los familiers {ou espions) du saint.
grand nome ra dus vet du Livre ILL,