‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 35 sur 103 · LIVRE !, CHAP. XVII · texte numérisé non relu

LIVRE !, CHAP. XVII

d'être la coqueluche des femmes de Valladolid, apprends, mon ami, que j'en suis la dupe.

Je prononçai ces dernières paroles si tristement, que Fabrice vit bien qu'on m'avait Joué quelque tour. Il me pressa de lui dire pourquoi je me plaignais ainsi du beau sexe. Je me résolus sans peine à contenter sa curiosité; mais comme j'avais un assez long récit à faire, et que d'ailleurs nous ne voulions pas nous séparer sitôt, nous entrâmes dans un cabaret pour nous entretenir plus commodément. Là, je lui contai, en déjeunant, tout ce qui m'était arrivé depuis ma sortie d'Oviédo. Il trouva mes aventures assez bizarres; et après m'avoir témuigné qu'il prenait beaucoup de part à la fâcheuse situation où j'étais, Il me dit : Il faut se consoler, mon enfant, de tous les malheurs de la vie: c'est par là qu'une Ame forte et courageuse se distingue des Ames faibles. Un homme d'esprit est-il dans la misère, il attend avec patience un temps plus heureux. Jamais, comme dit Cicéron, fl ne doit se laisser abattre jusqu'à ne se plus souvenir qu'il est homme. Pour moi, je suis de ce caractère-là : mes disgraces ne m’accablent point ; je suis toujours au-dessus de la mauvaise fortune. Par exemple, j'aimais une fille de lamille d'Oviédo, j'en étais aimé : je la demandai en mariage à son père, il me la refusa. Un autre en serait mort de douleur; moi, admire la force de mon esprit, j’enlevai la petite personne. Elle était vive, étourdie, coquette; le plaisir par conséquent la déterminait toujours au préjudice du devoir. Je la promenai pendant six mois dans le royaume de Galice : de là, comme je l'avais mise dans le goût de voyager, elle eut envie d'aller en Portugal; mais elle prit un autre compagnon de voyage : autre sujet de désespoir. Je ne succombal point encore sous le poids de ce nouveau malheur; et, plus sage que Ménélas, au lieu de m'armer contre le Paris qui m'avait soufllé mon Hélène, je lui sus bon gré de m’en avoir défait. Après cela, ne voulant plus retourner dans les Asturies, pour éviter toute discussion avec la justice, je m'avançai dans le royaume de Léon, dépensant de ville en ville l'arsent qui me restait de l'enlèvement de mon infante; car nous avions tous deux fait notre main en partant d'Oviédo, et nous n'étions pas mal nippés; mais tout ce que j'avais possédé se dissipa bientôt. J'arrivai à Palencia avec un seul ducat, sur quoi je

u GU mAs.

Jui répondit Fabrice, il m'est bien glorieux de m'être attiré

baser ue suis verni deux fois dans celle maison avec mon maitre le seigneur Manuel Ordonez, administrateur de l'hôpital. Eh! justement, répliqua la gouvernante, je m'en souviens, et je vous remets. Ah! puisque vous appartenez aw selgneur rH faut ne vous soyez un garçon de bien et d'honneur. Votre condition fait votre éloge, et ce jeune homme ne saurait avoir un meilleur répondant que vous. Venez, poursuivit-elle, je vais vous fai der au seigneur Sedillo. Je crois qu'il sera bien aise d’avoir un garçon de votre

main.

‘Nous suivimes la dame Jacinte. Le chanoine était logé par bas, et san appartement consistai pied, bien boisées, Elle nous pria d'attendr la première, et nous y laissa pour passer dai ail le licencié. Après y avoir demeuré qu particulier avec lui, pour le mettre au fait, elle vint a que nous pouvions entrer. Nous aperçüm A le enfoncé dans un fauteuil, un oreiller soi sins sous les bras, et les jambes appuyées ci plein de duyet. Nous nous approchdmes do lui sans ménager les y ét Fabrice, portant encore la parole, pe se

contenta pas de redire ce qu'il avait dit à la gouvernante , il se. mit à vanter mon mérile, et s'étendit principalement sur Vhonnour que je m'étais acquis chez le docteur Godinez dans nine de philosophic; comme s'il eût fallu que je fusse philosophe pour devenir valet d'un chanoine. Ce A er ei la poudre aux yeux da licencié, qui

Sud nette ve LE tique du signeur Ordonnez.

D Dabord que Fabrice vit que j'élais arrêté, id Qt une grande au chanoine, une aulre cnoore plus profonde à le ot $0 retira fort satisiait, après m'avoir dit tout

nous nous reverrions, ét que jé n'avais qu'à rester la, ‘fut sorti, le licencié me demanda comment je m'ap-

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