LIVRE M1, CHAP. UL a
sâmes dans son estomac un déluge d’eau. D’un autre côté, le chirurgien nous secondant par la quantité de sang qu'il tirait, nous réduisimes, en moins de deux jours, le vieux chanoine à l'extrémité.
Ce pauvre ecclésiastique n’en pouvant plus, comme je voulais lui faire avaler encore un grand verre du spécifique, me dit d’une voix faible : Arrête, Gil Blas; ne m'en donne pas {,--* davantage, mon ami. Je vois bien qu’il faut mourir, malgré la vertu de l'eau; et, quoiqu'il me reste à peine une goutte de sang, je ne m'en porte pas mieux pour cela; ce qui prouve bien que le plus habile médecin du monde ne saurait prolonger nos jours, quand leur terme fatal est arrivé. Il faut donc que je me prépare à partir pour l’autre monde : va me chercher un notaire; je veux faire mon testament. A ces der- 7 7 niers mots, que je n'étais pas fâché d'entendre, j'affectai de paraitre fort triste, ce que tout héritier ne manque pas de faire en pareil cas; et cachant l'envie que j'avais de m’acquitter de la commission qu'il me donnait : Eh! mais, monsieur, lui dis-je, vous n'êtes pas si bas, Dieu merci, que vous ne puissiez vous relever. Non, non, repartit-il, mon enfant, c'en est fait; je sens que la goutte remonte et que la mort s'approche : hâte-toi d'aller où je l'ai dit. Je m’apergus effectivement qu'il changeait à vue d'œil; et La chose me parut si pressante, que je sortis vite pour faire ce qu'il m’ordonnait, laissant auprès de lui la dame Jacinte, qui craignait encore plus que moi qu'il ne mourût sans tester. J'entrai dans la maison du premier notaire dont on m'enseigna la demeure, et le tronvant chez lui : Monsieur, lui dis-je, le licencié Sedillo, mon maitre, tire à sa fin; il veut faire écrire ses dernières volontés ; il n’y a pas un moment à perdre. Le notaire était un petit vieillard gai, qui se plaisait à railler : il me demanda quel médecin voyait le chanoine. Je lui répondis que c'était le docteur Sangrado. A ce nom, prenant brusquement son manteau et son chapeau : Vive Dieu! s'écria-t-il, partons donc en diligence; car ce docteur est si expéditif, qu’il ne donne pas le temps à ses malades d'appeler des notaires. Cet homme-là m’a bien soufflé des testaments.
En parlant de celte sorte, il s'empressa de sortir avec moi, et, pendant que nous marchiuns tous deux à grands pas pour
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celles d'Hippocrate. Cette assurance pourtant n'était pas tout à fait sincère, Je désapprouvais son sentiment sur ven etje ‘me praposais de boire du vin tous les jours en allant voir mes malades, Je pendis au croc une seconde fois mon habit brodé pour en prendre un de mon maitre* et me donner l'air d'un médecin. Après quoi je me disposai à exercer la médecine aux dépens de qui il appartiendrait. Je débutai par un alguazil qui avait une pleurésie : j'ordonnai qu’on le saignat ‘sans miséricorde, et qu'on ne lui plaignit point l'eau. J'entrai ensuite chez un pâtissier à qui la goutte faisait pousser de grands cris. Je ne ménageai pas plus son sang que celui de Valguazil, et j'ordonnai qu'on lui fit boire de l'eau de moment en moment. Je reçus douze réaux pour mes ordonnances ; ce qui me fit prendre tant de goût à la profession, que je ne demandai plus que plaies et bosses. En sortant de la maison du pâtissier, je rencontrai Fabrice, que je n'avais point vu depuis la mort du licencié Sedillo. 11 me regarda longtemps avec surprise; puis il se mit à rire de toute sa force, en se tenant les côtes. Ce n'était pas sans raison : j'avais un manteau qui trainait à terre, avec un pourpoint et un haut-dechausses quatre fois plus longs et plus larges qu'il ne fallait, Je pouvais passer pour une figure originale et grotesque. Je Je laissai s'épanouir la rate, non sans être tenté de suivre son ; mais je me contraignis, pour garder le decorum dans la rue, ét mieux contrefaire le médecin , qui n’est pas un animal risible. Si mon air ridicule avait excité les ris de Fabrice, mon sérieux les redoubla; et lorsqu'il s'en fut bien donné : Vive Dieu! Gil Blas, me dit-il, te voilà plaisamment équipé. Qui diable l'a déguisé de la sorte? Tout beau, mon ami, Jui répondis-je, tout beau; respecte un nouvel Hippoerate! Apprends que je suis le substitut du docteur Sangrado,
À Les médecins portaient autrefois en Espagne, ct méme on Prance, wu costume pare Léslier, dent nous n'avons plus Tidée que dans tes comédies de Molicre ct dave cetto épiramame :