LIVRE My CHAP. II
Sangrado, l'un et l'autre disant que dès le premier jour ils avaient condamné le licencié. Effectivement, ils ne se trompaient presque jamais quand ils portaient un pareil jugement.
Sitôt que nous vimes le patron sans vie, nous fimes, la dame Jacinte, Inésille et moi, un concert de cris funèbres qui fut entendu de tout le voisinage. La béate surtout, qui avait le plus grand sujet de se réjouir, poussait des accents si plaintifs. qu'elle semblait être la personne du monde la plus touche. La chambre, en un instant, se remplit de gens, moins attirés par la compassion que par la curiosité. Les parents du défunt n’eurent pas plutôt vent de sa mort qu'ils vinrent fondre au logis, et faire mettre le scellé partout. Ils trouvèrent la gouvernante si aflligée qu'ils crurent d'abord que le chanoine n’avait point fait de testament : mais ils apprirent bientôt, à leur grand regret, qu'il y en avait un, revêtu de toutes les formalités nécessaires. Lorsqu'on vint à l'ouvrir, et qu'ils virent que le testateur avait disposé de ses meilleurs effets en faveur de la dame Jacinte et de la petite fille, ils firent son oraison funèbre dans des termes peu honorables à sa mémoire. Ils apostrophèrent en même temps la béate, et firent aussi quelque mention de moi. Il faut avouer que je le méritais bien. Le licencié, devant Dieu soit son âme! pour n'engager à ine souvenir de lui toule ma vie, s'expliquait ainsi pour mon compte par un article de son testament : «item, » puisque Gil Blas est un garçon qui a déjà de la littérature, » pour achever de le rendre savant, je lui laisse ma biblio- » thèque, tous mes livres et mes manuscrits, sans aucune » exception. »
Tignorais où pouvait être cette prétendue bibliothèque; je ne m'étais point aperçu qu'il y en eût dans la maison. Je
Cuisinier parfait, l'autre traitait de l'indigestion et de la mapire de la guérir; et les autres étaient les quatre parties du bréviaire, que les vers avaient à demi rongées. À l'égard des manuscrits, le plus curieux contenait toutes les pièces d'un
utile; je t'abandonne le quart de ce que tu m'apporteras. Tu teas bien riche, mon ami, ear ily sur, À plait à Die, bien des maladies cette année.
LA erg d'être content de mon partage, puisque a dessein de retenir tous les jours le et de ce Les brrg ville, et touchant encore out du Dee 7 i est une science cerlaine, près de In moitié
plusieurs À L la même manière, bien qu'ils eussent des Jusque-là les choses s'étaient passées sans bi grâce au ciel, ne s'était encore révalté nanees; mais quelque excellente que soit in, elle ne saurait manquer de censeurs ni d’envieux. Ventrai chez un marchand épicier wait un fils hydropis que. J'y trouvai un petit médecin run , qu'on nommait le
Cochillo*, et qu'un parent du maitre de la maison venait d'amener pour voir le malade. Je fis fondes ri yérences à tout le monde, et particulièrement an personnage
que je jugeai qu'on avait appelé pour le consulter sur la ma- Er dont il s'agissait, Il me salua d'un air grave, puis, m'ayant envisigé quelques moments avec beaucoup d'attention + Seigneur docteur, me dit-il, je vous prie d’excuser ma curiosité; je croyais connaitre tous les médecins de Valladolid, mes confrères, et cependant je vous avone que vos traits me sont inconnus. Il faut que depuis très-peu de temps vous soyez veo vous établir dans cette ville, Je répondis que j'étais un jeune praticien, et que je ne travaillais en q les auspices du docteur Sangrado, Je vous félicite, repriteil poliment, d'axoir embrassé la méthode d'un si grand homme, ene doute point que vous ne soyez déjà lrès-habile, quoique
paraissiez bien jeune, 11 dit cela d'un air si naturel,
aah s'il avait parlé sérieusement , où
de mol; et jo rèvais à co que je dovais Jui répliquer,
ARR FES EUR As Wagslier, qui exercalt ba médecine à Parte de legs Go
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qu’elle ne savait point l'orthographe, elle écrivait si mal qu'en ne pouvait, le plus souvent, déchiffrer son écriture. Il me charges du soin de tenir ce livre, qu’on pouvait justement appeler un registre mortuaire, puisque les gens dont je prenais les noms mouraient presque tous. J'inscrivais, pour ainsi parler, les personnes qui voulaient partir pour l’autre monde, comme un commis, dans un bureau de voitures publiques, écrit le nom de ceux qui retiennent des places. J'avais souvent Ja plume à la main, parce qu’il n’y avait point, en ce temps-là, de médecin à Valladolid plus accrédité que le seigneur Sangrado. Il s'était mis en réputation dans le public par un verbiage spécieux, soutenu d'un air imposant, et par quelques cures heureuses, qui lui avaient fait plus d'honneur qu'il ne méritait.
Il ne manquait pas de pratiques, ni par conséquent de bien. Il n'en faisait pas toutefois meilleure chère : on vivait chez lui trés-frugalement. Nous ne mangions d'ordinaire que des pois, des fèves, des pommes cuites, ou du fromage. Il disait que ces aliments étaient les plus convenables à l'estomac, comme élant les plus propres à la trituration, c'est-à-dire à être broyés plus aisément. Néanmoins, bien qu’il les crût de facile digestion, il ne voulait point qu'on s'en rassasiät; en quoi, certes, il se montrait fort raisonnable. Mais s’il nous défendait, à la servante et à moi, de manger beaucoup, en récompense il nous permettait de boire de l’eau à discrétion. Bien loin de nous prescrire des bornes là-dessus, il nous disait quelquefois : Buves, mes enfants; la santé consiste dans la souplesse et I’humectation des parties. Buves de l'eau abondamment; c’est un dissolvant universel; l’eau foud tous les sels. Le cours du sang est-il ralenti? elle le précipite; est-il trop rapide? elle en arrèle V'impétuosité. Notre docteur était de si bonne foi sur cela, qu’il ne buvait jamais lui-même que de l'eau, bien qu'il fût dans un âge avancé. Il définissait la vicillesse, une phthisie ‘ naturelle qui nous dessèche et nous consume; et sur cette définition, il déplorait l'ignorance de ceux qui nomment le vin le lait des vicillards. 11 soutenait que le vin les use et les détruit, et disait fort éloquemment
"Phohisic, mot Grec:: correption, atiéanation, cossomption.