‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 46 sur 103 · LIVRE 11, CRAP. II. oT · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CRAP. II. oT

en buvant copleusement de cette liqueur; et quoique de jour Jour je m'en sentisse plus incommodé, le préjugé l’emportait sur l'expérience, comme l'on voit, une henreuse disposition à devenir médecin. Je ne pus pourtant résister toujours à la violence de mes maux, qui s’accrurent à un point, que je pris enfin la résolution de sortir de chez le dooteur Sangrado. Mais il me chargea d'un nouvel emploi qui me fit changer de sentiment. Écoute, me dit-il un jour, je ne suis point de ccs maltres durs et ingrats qui laissent vicillir leurs domestiques dans la servitude avant que de les récompenser. Je suis content de toi, je t'aime; et, sans altendre que tu m’ales servi plus longtemps, j'ai pris la résolution de faire ta fortune dès aujourd'hui; je veux tout à l'heure te découvrir Je fin de l’art salutaire que je professe depuis tant d’années. Les autres médecins en font consister la connaissance dans mille sciences pénibles; et mol, je prétends Uabréger un chemin si long, et t'épargner la peine d'étudier la phystque, la pharmacie, la botanique et l'anatomie. Sache, ve: | Tr

ami, qu'il ne faut que saigner et faire boire de l’eau chaude : voilà le secret de guérir toutes les maladies du monde. Oui, ce simple secret que je te révèle, et que la nature, impénétrable à mes confrères, n’a pu déruber à mes observations, est renfermé dans ces deux puints, dans la saignée et dans la boisson fréquente. Je n'ai plus rien à t'apprendre, tu sais la médecine à fond; et, profitant du fruit de ma longue expérience, tu deviens tout d’un coup aussi habile que moi. Tn peux, continua-t-il, me soulager présentement; tu tiendras le matin notre registre, et l'après-midi tu sortiras pour aller voir une partie de mes malades. Tandis que j'aurai soin de la noblesse et du clergé, tu iras pour moi dans les maisons du tiers-état où Yon m'appellera; et lorsque tu auras travaillé quelque temps, je te ferai agréger à notre corps. Tu es savant, Gil Blas, avant que d'être médecin; au licu que les autres sont longtemps médecins, et la plupart toute leur vie, avant que d’être savants.

Je remerciai le docteur de m'avoir si promptement rendu capable de lui servir de substitut; et, pour reconnaître les bontés qu’il avait pour mol, je l’assurai que je suivrais toute ma vie ses opinions, quand mème elles seraient contraires à

siècle W'or, qu'il se trouve enenre aujourd'hui des personnes qui, comme toi et fon ne hoivent que de l'eau, et qui croient

se préserver ou de tous maux én buvant de l'eau Eu qui n’a fa ill; car j'ai observé que Yeau, quand ate a bouilli, est plas pesante ef mioitis commode à l'estomae, — Tandis tennit ce discours éloquent, je ponsai plus ‘eine fois éclater de rire. Je gardai pourtant mon sérienx. Je fis plus, j'entrai dans les sentiments du docteur. Je blimai Yakage du vin, ct plaignis les hommes d'avoir malheureuse ‘ment pris goût à une boisson si pernicieuse. je ne me sentais pas encore bien désaltéré, un grand gobelet, él après avoir bu à longs traits + Allons, Monsieur, dis-je à mon maitre, abreuvons-nous de dette lieur bienfaisante! Faisons revoir dans ¥ thermopoles que vous regrettez st ces paroles, et m'exhorta pendant une heure entière à ne boire jamais que de Yeau. Pour m'accoutumer a cette boison, je lui promis d'en boire une grande quantité tous les sotrs; et, pour tenir plus facilement ma promesse, je me eouchai dans Ta résolution d'aller tous les jours au cabaret. Le désagrément que j'avais ed chez Vépleier ne m'empéctin pas de continuer d'exercer ma profession, et d'ordonner, dès Je lendemain, des signées et de l'eau chaude, Au sortir ‘Wane maison où je venais de voir un poële qui avait la frériésie, je rencontral dans la rue une vieille femme qui m'a ‘Dorda pour me demander si j'étais médecin. Je lui répondis que oui. Cela étant, reprit-elle, salgneur docteur, je vous trèshumblement de venir avéc moi aoe’ ll int eral amas Ja vieille, qui me conduisit à #4 maison, et ‘Gans ane chambre assez propre, où je vis une Je ai d'elle pour observer. D'abord ses traits me et, après l'avoir envisagée quelques moments, je Teconnus, à n'en pouvoir douter, que c'était l'aventurière avait si bien fuit le rôle de Camille, Pour elle, il ne me point qu'elle me remit, soit qu'elle ft aceablée de san soit que mon habit de médecin me rendit méconnaissable Fe LE Re ca tâler le pouls; in doigt. Je fus terriblement ému 4 ta

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