LIVRE PREMIER
CHAP. I. — De ta sursanee de Gil Blas, et de son éduealion.
Blas de Santillane, mon pire, après avoir longtemps porté les armes pour le service de la monarchie espagnole, se retira daus la ville où il avait pris naissance. Il y épousa une petite bourgeoise qui n'était plus dans sa première jeunesse, et je vins au monde dix tnvis après leur mariage. Ils allèrent ensuite demeurer à Oviédo, oii ils furent obligés de se mettre en om : ma mère devint femme de chambre, et mon père écuyer', Comme ils n'avaient pour tout bien que leurs gages, j'aurais couru risque d’être assez mal élevé, si je n’eusse pas eu dans la ville un oncle chanoine. II se nommait Gil Perez. Il était frère aîné de ma mère, et mon parrain. Représentezvous un petit homme haut de trois pieds et demi, extraofdinairement pros. avec une téte enfoncée entre les deux épaules: it un ecclésiastique qui ne ‘à faire bonne chère; it pas mauvaise, lui en fournissait
prébende, qui n'é sens.
Il me prit chez lui dès mon enfance, et se chargea de mon éducation. Je lui parus si éveillé, qu'il résolut de cultiver
* Écayer, seaulbomme servant, qui portait le bouelier où l'écu d'un chevalier, eu aecompaynent partoat une femme de qualité.
mon esprit. 11 m'acheta un alphabet, et entreprit de m’apprendre lui-même à lire; ce qui ne lui fut pas moins utile qu'à moi; car, en me faisant connaître mes lettres, il se remit ala lecture, qu'il avait toujours fort négligée, et, à farce de
ppliquér, il parvint à lire couramment son bréviaire, ce
J fut donc obligé de me mettre il m'envoya chez Je docteur | qu habile pédant d'Oviédo. Je profitai si
coup. J'aimais tant la dispute, que j'arrêtais ¢onnus ou inconnus, pour leur proposer des m'adressais quelquefois à des figures hibernoises * mandaient pas mieux; et il fallait alors nous ve Quels gestes! quelles grimaces! quelles conto étaient pleins de fureur, et nos bouches
devait plutôt prendre pour des possédés que Je m'acquis toutefois par là, dans la ville, la réputation de
arlandaises. Mibernie est l'ancien nom de l'Irlande ; mais 00 dit toujours an répée teur, un disputeur hibernois, Ou connait le poême où Hulhiéres peint si bien
Un tas de fans docteurs, De pauvres Hibervois, complatsants dinpulenrs,
Qui, fupant leur pays pour les saintes promesses,
‘Vieawent vivre & Paris d'arpument ei de messes. mure à Paris que l'en rencontroit ces fywres hikersoiver venues d'irlonde aveë te roi Jacques Swart, et signalées aussi dans les Lettres persanes. La Boge lee place & Oviédo, c'est une premitre preuve que ni le Hlow de la tre ft eu Reagan, l'original des tableaus de Gil Blas ex Le piss souvent en France,
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