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naissais cet alguazil, pour lui avoir fourni certains remèdes à Valladolid, dans le temps que j’y exercais la médecine. Fort bien, reprit mon maitre, la défaite est ingénieuse : tu devais me répondre cela hier au soir, et non pas te troubler. Monsieur, lui repartis-je, en vérité, je n'osais vous le dire par discrétion; c'est ce qui a causé mon embarras. Certes, répliqua-t-il en me frappant doucement sur l'épaule, c'est être bien discret! Je ne te croyais pas si rusé. Va, mon enfant, je te donne ton congé : un garçon qui fraye avec des alguazils n'est point du tout mon fait.
J'allai sur-le-champ apprendre cette mauvaise nouvelle à Melendez, qui me dit, pour me consoler, qu'il prétendait me faire entrer dans une meilleure maison. En effet, quelques jours après, il me dit : Gil Blas, mon ami, vous ne vous attendez pas au bonheur que j’ai à vous annoncer! Vous aurez le poste du monde le plus agréable. Je vais vous mettre auprès de don Mathias de Silva. C'est un homme de la première qualité, un de ces jeunes seigneurs qu’on appelle petits-mattres. J'ai l'honneur d’être son marchand. 11 prend chez moi des étoffes, à crédit à la vérité; mais il n’y a rien à perdre avec ces seigneurs : ils épousent souvent de riches héritières qui payent leurs dettes; et, quand cela n'arrive pas, un marchand qui entend son métier leur vend toujours si cher, qu'il se sauve en ne touchant même que le quart de ses parties. L’intendant de don Mathias, poursuivit-il, est mon intime ami. Allons le trouver. Il doit vous présenter lui-même à son maitre, et ‘yous pouvez compter qu’à ma considération il aura beaucoup d'égards pour vous.
Comme nous étions en chemin pour nous rendre à l'hôtel de dun Mathias, le marchand me dit : Il est à propos, ce me semble, que je vons apprenne de quel caractère est l'intendant, afin que vous vous régliez là-dessus : il s'appelle Gregorio Rodriguez. Entre nous, c’est un homme de rien, qui, se sentant né pour les affaires, a suivi son génie, et s'est enrichi dans deux maisons ruinées, dont il a été l’intendant. Je vous avertis qu’il est fort vain.: ime à voir ramper devant lui les autres domestiques. C'est à lui qu'ils doivent d'abord s'adresser quand ils ont la moindre grace à demander à leur maitre ; car s’il arrive qu’ils l'aient obtenue sans sa participa-
LIVRE TI, CHAP. IN. 159 mieux que lui ces embrassades, et même quelque chose de
plus.
Lorsque Rodrigues et son âme damnée furent sortis, don Mathias envoya, par le lequais qui était avec moi dans la chambre, la moitié de ses pistoles à la comtesse de Pedrosa, et serra l’autre dans une longue bourse brochée d’or et de soie, qu'il portait ordinairement dans sa poche. Fort satisfait de se revoir en fonds, il dit d’un air gai à don Antonio : Que ferons-nous aujourd’hui? tenons conseil là-dessus. C'est parler en homme de bon sens, répondit Centellés; je le veux bien, délibérons. Dans le temps qu'ils allaient rêver ce qu’ils deviendraient ce jour-là, deux autres seigneurs arrivèrent C'étaient don Alexo Segiar et don Fernand de Gamboa ; l’un et l'autre à peu près de l’âge de mon maitre, c’est-à-dire de vingt-huit à trente ans. Ces quatre cavaliers débutèrent par de vives accolades qu'ils se firent; on eût dit qu'ils ne s'étaient point vus depuis dix ans. Après cela, don Fernand, qui était un gros réjoui, adresta la parole à don Mathias et à don Antonio : Messieurs, leur dit-il, où dinez-vous aujourd'hui? Si vous n’étes point engagés, je vais vous mencr dans un cabaret où vous boirez du vin des dieux. J'y ai soupé, et j'en suis sorti ce matin entre cing et six heures '. Plüt au ciel, s’écria mon maltre, que j'eusse passé la nuit aussi sagement! je n'aurais pas perdu mon argent.
Pour moi, dit Centellés, je me suis donné hier au soir un divertissement nouveau; car j'aime à changer de plaisirs. Aussi n'y a-t-il que la variété des amusements qui rende la vie agréable. Un de mes amis m’entralna chez un de ces seigneurs qui lèvent les impôts, et font leurs affaires avec celles de l'État. J'y vis de la magnificence, du bon goût, et le repas me parut assez bien entendu; mais je trouvai dans les maltres du logis un ridicule qui me réjouit. Le partisan, quoique des plus roturiers de sa compagnie, tranchait du grand; et
spot forcé d'afecter pour paraitre à la cour. L'esprit liceucieux qui éclata sous le 2e Gt que metre au jour cetie corruption qui avait ur comprimée, et qui rembla paper même Ia bonne compagnie. La première édition de Gil Blas est de 1715. Le Sage à copié Sdélement ce qu'il voyait; et il s'y s pas d'apparence que ove détails soi empruntés d'un auteur espagnol.