‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 81 sur 103 · LIVRE AX, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE AX, CHAP. VI

lettre ; Mon ami, vous pouvez dire au cavalier qui vous énvaie que j'ai trop.d'envie de mé revoir aux prises avec lui, pour n'être pas demain, avant le lever du soleil, dans l'endroit qu'il me marque.

Après avoir renvoyé le messager avec cette réponse, je rejoiguis mes convives, et repris ma place à table, où je composai si bien mon visage, que personne n'eut aucun de ce qui se passait en moi, Je parus, pendant le reste de la journée, occupé comme les autres des plaisirs de la fete qui finit enfin an milieu de la nuit. L'assemblée se sépara, et chacun rentra dans la ville de fa même manière qu'il en était sorti, Pour moi, je demeurai dans la maison de plaisince, sous prétexte d'y vouloir prendre le frais le lendemain matin; mais ce n'était que pour me trouver plus tôt au rendex-vous. Au lieu de me coucher, j'attendis avec impatience la pointe du jour, Sitôt que je l'aperçus, je montai sur mon meilleur cheval, et je partis tout seul comme pour me pro mener dans La campagne. Je m'avance vers Manroi. Je découvre dans Es plaine un homme à cheval qui vient de mon oûté à bride abattue. Je vole à sa rencontre pour lui épargnèr la moitié du chemin, Nous nous joignons bientôt. C'était mon rival, Chevalier, me dit-il insolemment, c'est à regret que j'en viens aux mains ane seconde fois avec vous; mais c’est votre faute. Après l'aventure de la sérénade, vous auriez dû renoncer de bonne gries à la fille de don Georges, ou bien vous tenir pour dit que vous n'en seriez pas quitte pour cela, si vous persisliez dans le dessein de lui plaire. Vous êtes trop fier, lui répondis-je, d'un avantage que vous devez peut-être moins à votre adresse qu'à l'obscurité de Ja nuit. Vous ne songezx pas que les armes sont journalières. Elles ne lé sont pas pour moi, répliqua-t-il d'un air arrogant; et je vais vous faire voir que, le jour comme la nuit, je sais punir les chevaliers audacieux qui vont sur mes brisées.

Je ne repartis à cet orgueilloux discours qu'en mettant promptement pied à terre. Don Augustin fit la même chose. Nous attackämes nos chevaux à un arbre, ét nous commen- Ghmes à nous batire avec une égale vigueur, J'avouerai de bonne foi que j'avais affhire à un ennemi qui savait mieux faire des armes que moi, bien que j'éusæ deux années de

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