‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 103 sur 429 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Gil Bias ne pouTaot s'accoutumer aux mœurs des comédiemies, quitte le tenrioil d'Arsénié, et trouve une plus honnête maison.

Un reste d'honneur et de religion, que je ne laissois pas de conserver parmi des mœurs si corrompues, me fit résoudre non-seulement à quitter Arsénié, mais à rompre môme tout commerce avec Laure, que je ne pouvois pourtant cesser d'aimer, quoique je susse bien qu'elle mefaisoit mille infidélités. Heureux qui peut ainsi profiter des moments de raison qui viennent troubler les plaisirs dont il est trop occupé ! Un beau matin, je fis mon paquet ; et, sans compter avec Arsénié, qui ne me devoit à la vérité presque rien, sans prendre congé de ma chère Laure, je sortis de cette maison où l'on ne respiroit qu'un air de débauche. Je n'eus pas plus tôt fait cette bonne action, que le ciel m'en récompensa. Je rencontrai l'intendant de feu don Mathias, mon maître; je le saluai : il me reconnut, et s'arrêta pour me demander qui je servois. Je lui répondis que depuis un instant j'étois hors de condition ; qu'après avoir demeuré près d'un mois chez Arsénié, dont les mœurs ne me convenoient point, je venois d'en sortir de mon propre mouvement pour sauver mon innocence. L'intendant, comme s'il eût été scrupuleux de son naturel, approuva ma délicatesse, et me dit qu'il vouloit me placer lui-même avantageusement, puisque j'étois un garçon si plein d'honneur. Il accomplit sa promesse, et me mit dès ce jour-là chez don Vincent de Guzman, dont il connoissoit l'homme d'affaires.

Je ne pouvois entrer dans une meilleure maison ; aussi ne me suis-je point repenti dans la suite d'y avoir demeuré. Don YiO' cent était un vieux seigneur fort riche, qui vivoit heureux depuis plusieurs années sans procès et sans femme, les médecins lui ayant ôté la sienne, en voulant la défaire d'une toux qu'elle aa-

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