‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 116 sur 429 · LIVRE lY, GHAPITRB lY · texte numérisé non relu

LIVRE lY, GHAPITRB lY

qui s'est punie elle-même d'avoir trop légèrement disposé de son

CQBUr.

Ce fut dans une pareille situation que cette triste victime de l'amour et du devoir passa la nuit qui précéda son mariage avec le connétable. SifiTredi, la trouvant le lendemain prôte à faire ce qu'il souhaitoit, se hâta de profiter de cette disposition favorable. n fit venir le connétable à Belmonte le jour môme, et le maria secrètement avec sa fille dans la chapelle du château. Quelle journée pour Blanche! Ce n'étoit point assez de renoncer à unecouronne, de perdre un amant aimé et de se donner à un objet haï; il falloit encore qu'elle contraignît ses sentiments devant un mari prévenu pour elle de la passion la plus ardente, et naturellement jaloux. Cet époux, charmé de la posséder, étoit sans cesse à ses genoux. U ne lui laissoit pas seulement la triste consolation de pleurer en secret ses malheurs. La nuit arrivée, la fille de Léontio sentit redoubler son afQiction. Mais que devint-elle, lorsque ses femmes, après Tavoir déshabillée, la laissèrent seule avec le connétable ?.I1 lui demanda respectueusement la cause de l'abattement où elle sembloit ôtre. Cette question embarrassa Blanche, qui feignit de se trouver mal. Son époux y fut d'abord trompé; mais il ne demeura pas longtemps dans cette erreur. Comme il étoit véritablement inquiet de l'état où il la voyoit, et qu'il la pressoit de se mettre au lit, ses instances, qu'elle expliqua mal, présentèrent à son esprit une image si cruelle, que, ne pouvant plus se contraindre, elle donna un libre cours à ses soupirs et à ses larmes. Quelle vue pour un homme qui s'étoit cru au comble de ses vœux ! Il ne douta plus que Tainiction de sa femme ne renfermât quelque chose de sinistre pour son amour. Néanmoins, quoique cette connoissance le mît dans une situation presque aussi déplorable que celle de Blanche, il eut assez de force sur lui pour cacher ses soupçons. Il redoubla ses empressements, et continua de presser son épouse de se coucher, l'assurant qu'il lui laisseroit prendre tout le repos dont elle avoit besoin. Il s'offrit môme d'appeler ses femmes, si elle jugeoit que leur secours pût apporter quelque soulagement à son mal. Blanche, s'étant rassurée sur cette promesse, lui dit que le sommeil seul lui étoit nécessaire dans la foiblesse où elle se sentoit. D feignit de la croire. Ils se mirent tous deux au lit, et passèrent une nuit bien différente de celle que l'amour et l'hyménée accordent à deux amants charmés l'un de l'autre.

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Pendant que la fiUe de Siffredi se Uvroit à sa douleur, le connétable cherchoit en lui-môme ce qui pouvoit lui rendre soi mariage si rigoureux. Il jugeoit bien qu*il avoit un rival ; mai quand il vouloit le découvrir, il se perdoit dans ses idées. Il sa voit seulement qu'il étoit le plus malheureux de tous les hom mes. Il avoit déjà passé les deux tiers de la nuit dans ces agita tiens, lorsqu'un bruit sourd frappa ses oreilles. H fut surpri d'entendre quelqu'un traîner lentement ses pas dans la chambre Il crut se tromper; car il se souvint qu'il avoit fermé la port lui-même, après que les femmes de Blanche furent sorties. ] ouvrit le rideau pour s'éclaircir par ses propres yeux de la caus du bruit qu'il entendoit; mais la lumière qu'on avoit laissée dan la cheminée s'étoit éteinte : et bientôt il ouït une voix fbible c languissante qui appela Blanche à plusieurs reprises. Alors se soupçons jaloux le transportèrent de fureur; et, son honnen alarmé l'obligeant à se lever pour prévenir un affront ou pour e tirer vengeance, il prit son épée, il marcha du côté que la vol lui sembloit partir. Il sent une épée nue qui s'oppose à la sienne Il avance, on se retire. Il poursuit, on se dérobe à sa poursuite Il cherche celui qui semble le fuir par tous les endroits de 1 chambre, autant que l'obscurité peut le permettre, et ne le trouvi plus. Il s'arrête ; il écoute, et n'entend plus rien. Quel enchantement I Il s'approche de la porte, dans la pensée qu'elle avoit favorisé la fuite de ce secret ennemi de son honneur ; mais elle étoil fermée au verrou comme auparavant. Ne pouvant rien comprendre à cette aventure, il appela ceux de ses gens qui étoientle plus à portée d'entendre sa voix ; et, comme il ouvrit la porte pour cela, il en ferma le passage, et se tint sur ses gardes, craignant de laisser échapper ce qu'il cherchoit.

A ses cris redoublés, quelques domestiques accoururent avec des flambeaux. Il prend une bougie, et fait une nouvelle recherche dans la chambre en tenant son épée nue. Il n'y trouva toutefois personne, ni aucune marque apparente qu'on y fût entré. H n'apergut point de porte secrète, ni d'ouverture par oii l'on oAt pu passer ; il ne pouvoit pourtant s'aveugler lui-même sur les circonstances de son malheur. Il demeura dans une étrange confusion de pensées. De recourir à Blanche, elle avoit trop d'intérêt à déguiser la vérité, pour qu'il en dût attendre le moindre éclaircissement. Il prit le parti d'aller ouvrir son cœur à Léontio, après avoir renvoyé ses gens, en leur disant qall croyoit avoii

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