LIYRB IV, CHAPITRE IV
il 116 douta point qu» ces personnes ne fussent du château, ei cette vue lui causa de Tëmotion ; mais il fut bien plus agite, Ior&> que, ces femmes s*ëtant tournées de son côté au bruit que son cheval faisoit en courant, il reconnut sa chère Blanche. Elle s'ëtoit échappée du château avecNise, celle de ses femmes qui avoit le plus de part à sa confiance, pour pleurer du moins son malheur en liberté.
n vola, il se précipita pour ainsi dire à ses pieds ; et, voyant dans ses yeux tous les signes de la plus profonde afifliction, il en fut attendri. Belle Blanche, lui dit-il, suspendez les mouvements de votre douleur. Les apparences, je l'avoue, me peignent coupable à vos yeux ; mais quand vous serez instruite du dessein que j'ai formé pour vous, ce que vous regardez comme un crime vous paroitra une preuve de mon innocence et de l'excès de mon amour. Ces paroles qu'Enrique croyoit capables de modérer l'affliction de Blanche ne servirent qu'à la redoubler. Elle voulut répondre ; mais les sanglots étouffèrent sa voix. Le prince, étonné de son saisissement, lui dit : Quoi l madame, je ne puis calmer votre trouble? Par quel malheur ai-je perdu votre confiance, moi qui mets en péril ma couronne et môme ma vie pour me conserver à voust Alors la fille de Léontio, faisant un effort sur elle pour s'expliquer, lui dit: Seigneur, vos promesses ne sont plus de saison. Bien désormais ne peut lier ma destinée à la vôtre. Ah I Blanche, interrompit brusquement Enrique, quelles paroles cruelles me faites-vous entendre? Qui peut vous enlever à mon amour? qui voudra s'opposer à la fureur d'un roi qui mettroit en feu toute la ^cile, plutôt que de vous laisser ravira ses espérances? Tout votre pouvoir, seigneur, reprit languissamment la fille de Siffredi, devient inutile contre les obstacles qui nous séparent. Je suis femme du connétable.
Femme du connétable I s'écria le prince en reculant de quelques pas. Il ne put continuer, tant il fut saisi. Accablé de ce coup imprévu, ses forces l'abandonnèrent. Il se laissa tomber au pied d'un arbre qui se trouva derrière lui. Il étoit pâle, tremblant, défait, et n'avoit de libre que les yeux, qu'il attacha sur Blanche d'une manière à lui faire comprendre combien il étoit sensible au malheur qu'elle lui annonçoit. Elle le regardoit de son côté d'un air qui lui faisoit assez connoltre que ses mouvements ëtoient peu différents des siens ; et ces deux amants infortunés gardoient entre eux un silence qui avoit quelque chose d'affreux.
Enfia le prince, revenant un peu de son désordre par un effort de courage, reprit la parole, et dit à Blanche en soupirant : Madame, qu'avez-vous fait? Vous m'avez perdu, et vous vous ôtea perdue vous-môme par votre crédulité.
Blanche fut piquée de ce que le prince sembloit lui faire des reproches , lorsqu'elle croyoit avoir les plus fartes raisons de se plaindre de lui I Quoi ! seigneur, répondit-elle , vous ajoutez la dissimulation à l'infidélité 1 Youliez-vous que je démentisse mes yeux et mes oreilles, et que, malgré leur rapport, je vous cnunt innocent? Non, seigneur, je vous l'avoue, je ne suis point capable de cet effort de raison. Cependant, madame, répliqua le roi, cm témoins qui vous paroissent si fidèles vous en ont imposé. Bg ont aidé eux-mômes à vous trahir; et il n'est pas moins vrai q«e je suis innocent et fidèle, qu'il est vrai que vous êtes Vepoue du connétable. Eh quoi ! Seigneur, reprit-elle, je ne vous ai point entendu confirmer à Constance le don de votre main et de votre cœur? vous n'avez point assuré les grands de l'État que vous rempliriez les volontés du feu roi ? et la princesse n'a paQ regu les hommages de vos nouveaux sujets en qualité de reine et d'épouse du prince Enrique? Mes yeux étoient-ils donc faadnés? Dites, dites plutôt, infidèle, que vous n'avez pas cru que Blanche dût balancer dan$ votre cœur l'intérêt d'un trône; et, sans vous abaisser à feindre ce que vous ne sentez plus , et ce que vous n'avez peut-être jamais senti , avouez que la couronne de Sicile vous a paru plus assurée avec Constance qu'avec la fille de Léontio. Vous avez raison, seigneur : un trône éclatant ne m'étoit pas plus dû que le cœur d'un prince tel que vous. J'étois trop vaine d'oser prétendre à l'un et à l'autre ; mais vous ne deviet pas m'entretenir dans cette erreur. Vous savez les alarmes que je vous ai témoignées sur votre perte , qui nœ sembloit presque infaillible pour moi. Pourquoi m'avez-vous rassurée? Falloit-il dissiper mes craintes ? J'aurois accusé le sort plutôt que vonSi et du moins vous auriez conservé mon cœur au défaut d'une main qu'un autre n'eût jamais obtenue de moi. Il n'est plus tempi présentement de vous justifier. Je suis l'épouse du connétaMe; et, pour m'épargner la suite d'un entretien qui fait rougir ma gloire, souffrez, seigneur, que, sans manquer au respect que je vous dois, je quitte un prince qu'il ne m'est plus permis d'écouter.
A ces mots elle s'éloigna d'Enrique avec toute la précipitation dont eUe pouvoit être capable dans l'état où elle se trouvoit