‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 119 sur 429 · LIVRE IV, CHAPITRE IV. Si · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV. Si

Arrdtes, madame , s'écria-t-il , ce dëeespërez point un prince plus diâ^sé à renvm^r un trône que vous lui reprochez de vous avoir préféré, qu'à répondre à l'attente de ses nouveaux sujets. Ce sacrifice est présentement inutile, repartit Blanche. Il fidloit me ravir au connétable, avant que de faire éclater des transports si généreux. Puisque je ne suis plus libre, il m'importe pea que la Sicile soit réduite en cendres, et à qui vous donniez votre main. Si j'ai eu la foiblesse de laisser surprendre mon cœur, du moins j'aurai la fermeté d'en étouffer les mouvemetLtSy et de faire voir au nouveau roi de Sicile que l'épouse du connétable n'est plus l'amante du prince Enrique. En parlant de cette sorte, comme elle touchoit à la porte du parc, elle y entra brusquement avec Nise; et, fermant après elle cette porte, elle laissa le prince accablé de douleur. Il ne pouvoit revenir du coup que Blanche lui avoit porté par la nouvelle de son mariage. Injuste Blanche, s'écrioit^l, vous avez perdu la mémoire de notre engagement 1 Malgré mes serments et les vôtres, nous somnies séparés I L'idée que je m'étois faite de posséder vos efaannes n'étoit donc qu'une vaine illusion I Ahl cruelle, que j'achète chèrement l'avantage de vous avoir fait approuver mon amour 1

Alors l'image du bonheur de son rival vint s'ofirir à son esprit avec toutes les horreurs de la jalousie; et cette passion prit sur lui tant d'empire pendant quelques moments, qu'il fut sur le pdnt d'immoler à son ressentiment le connétable et Siffsedi même. La raison toutefois calma peu à peu la violence de ses transports. Cependant l'impossibilité où il se voyoit d'ôter à Blanche les impressions qu'elle avoit de son infidélité le mettoit au désespoir. H se flattoit de les effacer, s'il pouvoit l'entretenir eo liberté. Pour y parvenir, il jugea qu'il falloit éloigner le connétable, et il se résolut à le faire arrêter, comme un homme sospect dans les conjonctures où l'État se trouvoit. U en donna rofdre au capitaine de ses gardes, qui se rendit à Belmonte, s'assura de sa personne à l'entrée de la nuit, et le mena au château de Palermo.

Get incident répandit à Belmonte la consternation. Siffredi partit 8nr4e-champ pour aller répondre au roi de l'innocence de son gendre, et lui représenter les suites fâcheuses d'un pareil emprisonnement. Ce prince , qui s'étoit bien attendu à cette dé ■arche de s<m ministre, et qui vouloit au Okouia se mèii^^t uxm^

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entrevue avec Blanche avant que de relâcher le connétable, avoit expressément défendu que personne lui parlât, jusqu'au lendemain. Mais Léohtio, malgré cette défense, fit si bien, qu'il entra dans la chambre du roi. Seigneur, dit-il en se présentant devant lui, s'il est permis à un sujet respectueux et fidèle de se plaindre de son maître, je viens me plaindre à vous de vous-même. Quel crime a commis mon gendre? Votre Majesté a-t-elle bien réfléchi sur l'opprobre éternel dont elle couvre ma famille, et sur les suites d'un emprisonnement qui peut aliéner de votre service les personnes qui remplissent les postes de l'État les plus importants? J'ai des avis' certains, répondit le roi, que le connétable a des intelligences criminelles avec l'infant don Pèdre. Des intelligences criminelles! interrompit avec surprise Léontio. Ah! seigneur, ne le croyez pas : l'on abuse Votre Majesté.fLa trahison n'eut jamais d'entrée dans la famille de Siffredi; et il suffît au connétable qu'il soit mon gendre, pour être à couvert de tout soupçon. Le connétable est innocent, mais des vues secrètes vous ont porté à le faire arrêter.

Puisque vous me parlez si ouvertement, repartit le roi, je vais vous parler de la même manière. Vous vous plaignez de l'emprisonnement du connétable I Eh! n'ai-je pointa me plaindre de votre cruauté ? C'est vous, barbare Siffredi , qui m'avez ravi mon repos, et réduit, par vos soins officieux, à envier le sort des plus vils mortels; car ne vous flattez pas que j'entre dans vos idées. Mon çiariage avec Constance est vainement résolu... Quoi! seigneur, interrompit en frémissant Léontio, vous pourriez ne point épouser la princesse, après l'avoir flattée de cette espérance aux yeux de tous vos peuples ! Si je trompe leur attente , répliqua le roi, ne vous en prenez qu'à vous. Pourquoi m'avez-vous mis dans la nécessité de leur promettre ce que je ne pouvois leur accorder? Qui vous obligeoit à remplir du nom de Constance un billet que j'avois fait à votre fille? Vous n'ignoriez pas mon intention : falloit-il tyranniser le cœur de Blanche en lui faisant épouser un homme qu'elle n'aimoit pas ? Et quel droit avez-vous sur le mien, pour en disposer en faveur d'une princesse que je hais? Avez-vous oublié qu'elle est fille de cette cruelle Mathilde, qui, foulant aux pieds les droits du sang et de l'humanité, fit expirer mon père dans les rigueurs d'une dure captivité? Et je l'épouserois I Non, Siffredi, perdez cette espérance; avant gue de voir allumer le flambeau de cet affreux hymen, yoos

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