LIVRE IV, CHAPITAë IV
La ûlle de Léontio, touchée de Tëtat où elle voyoit son époux, et surmontant la répugnance naturelle qu'elle avoit pour lui, se jeta à terre et s'empressa de le secourir. Mais ce malheureux époux étoit trop prévenu contre elle, pour se laisser attendrir aux témoignages qu'elle lui donnoit de sa douleur et de sa compassion. La mort, dont il sentoit les approches, ne put étouffer les transports de sa jalousie. Il n*envisagea, dans ses derniers moments, que le bonheur de son rival ; et cette idée lui parut si affreuse, que, rappelant tout ce qui lui restoit de force, il leva son épée qu'il tenoit encore, et la plongea dans le sein de Blanche. Meurs, lui dit-il en la perçant ; meurs, infidèle épouse, puisque les nœuds de Thyménée n'ont pu me conserver une foi que tu m'avois jurée sur les autels ! Et toi, poursuivit-il, Enrique, ne t'applaudis point de ta destinée ! Tu ne saurois jouir de mon malheur ; je meurs content. En achevant de parler de cette sorte, il expira; et son visage, tout couvert qu'il étoit des ombres delà mort, avoit encore quelque chose de Ger et de terrible. Celui de Blanche offroit un spectacle bien différent. Le coup qui l'avoit frappée étoit mortel. Elle tomba sur le corps mourant de son époux ; et le sang de l'innocente victime se confondoit avec celui de son meurtrier, qui avoit si brusquement exécuté sa cruelle résolution, que le roi n'en avoit pu prévenir l'effet.
Ce prince infortuné lit un cri en voyant tomber Blanche ; et, plus frappé qu'elle du coup qui l'arrachoit à la vie, il se mit en devoir de lui rendre les mêmes soins qu'elle avoit voulu prendre, et dont elle avoit été si mal récompensée. Mais elle lui dit d'une voix mourante : Seigneur, votre peine est inutile ; je suis la victime que le sort impitoyable demandoit. Puisse-t-elle apaiser sa colère, et assurer le bonheur de votre règne ! Comme elle achevoit ces paroles, Léontio, attiré par les cris qu'elle avoit poussés, arriva dans la chambre, et, saisi des objets qui se présentoient à ses yeux, il demeura immobile. Blanche, sans l'apercevoir, continua de parler au roi. Adieu, prince, lui dit-elle, conservez chèrement ma mémoire ; ma tendresse et mes malheurs vous y obligent. N'ayez point de ressentiment contre mon père. Ménagez ses jours et sa douleur, et rendez justice à son zèle. Surtout faites-lui connoitre mon innocence; c'est ce que je vous recommande plus que toute autre chose. Adieu, mon cher Enrique... je meurs. .. recevez mon dernier soupir.
A ces mots, elle mourut. Le roi garda quelque temps viiv mQ\^<^
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nlence. Ensuite il dit à Siffiredi, qui paroissoit dans un accàblement mortel : Voyez, Léontio, contemplez votre ouvrage; conaîdërez, dans ce tragique événement, leiniitde vos spins officieux et de votre zèle pour moi. Le vieillard ne répondit rien, tant il étoit pénétré de douleur. Mais pourquoi m'arréter à décrire des choses qu'aucuns termes ne peuvent exprimer? Il saflOit de dire qu'ils firent Tun et Tautre les plaintes du monde les plus toudiantes, dès que leur affliction leur permit de faire éclater toon mouvements.
Le roi conserva toute sa vie un tendre souvenir de son amante. Il ne put se résoudre à épouser Constance. L'infant don Pèdrese joignit à cette princesse, et tous deux ils n'épargnèrent rien pour faire valoir la disposition du testament de Roger; mais ils furent enfin obligés de céder au prince Enrique, qui vint à bout de ses ennemis. Pour Siffredi, le chagrin qu'il eut d'avoir causé tant de malheurs le détacha du monde, et lui rendit insupportable le séjour de sa patrie. Il abandonna la Sicile ; en passant en Espagne avec Porcie, la fille qui lui restoit, il acheta ce château. II vécut ici près de quinze années après la mort de Blanche, et il eut, avant que de mourir, la consolation de marier Porcie. Elle épousa don Jérôme de Silva, et je suis Tunique fruit de ce mariage. Voilà, poursuivit la veuve de don Pedro de Pinarès, l'histoire de ma famille, et un fidèle récit des malheurs qui sont représentés dans ce tableau, que Léontio, mon aïeul, fit faire pour laisser à sa postérité un monument de cette funeste aventure.