CHAPITRE VIII
De quel caractère étoit la marquise de Chaves, et quelles jfwmmae» aUoicot
ordinairement chez elle.
La marquise de Chaves étoit une veuve de trentendnq ans, belle, grande et bien faite. Elle jouissoit d'un revenu de dix mille ducats, et n'avoit point d'enfants. Je n'ai jamais va de femme plus sérieuse, ni qui parlât moins. Cela ne ren]|>âcboit pas de passer pour la dame de Madrid la plus spirituelle. Le gi^and concours de personnes de qualité et de gens de lettres qu'on voyoit chez elle tous les jours contribuoit peut-être plus que son mérite à lui donner cette réputation. C'est une chose que je ne déciderai point. Je me contenterai de dire que son nom emportoit une idée de génie supérieur , et que sa maison étoit appelée par excellence, dans la ville , le bureau des ouvrages d'esprit *.
Ëtrectivement, on y lisoit chaque jour tantôt des poëmes dramatiques, et tantôt d'autres poésies. Mais on n'y faisoit guère que des lectures sérieuses; les pièces comiques y étoient méprisées. On n'y r^ardoit la meilleure comédie ou le roman Isp^us ingénieux et le plus égayé que comme une foible production qui ne mériioit aucune louange; au lieu que le moindre ouvrage sérieux, une ode, une églogue, un sonnet, y passoit poiff le plus grand effort de l'esprit humain. Il arrivoit souvent que le public ae confirmoit pas les jugements du bureau, et que même il siiïloit quelquefois impoliment les pièces qu'on y avoit fort f applaudies. -
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