‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 141 sur 429 · LIVRE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IX

lard nous dit : Mes enfants, je ne vous conseille pas de vous remettre en chemin par ce temps-là, à moins que vous n'ayez des affaires bien pressantes. Nous répondîmes, le jeune homme et moi, que nous n'en avions point qui nous défendissent de Qous arrêter, et que, si nous n'appréhendions pas de l'incommoder, nous le prierions de nous laisser passer la nuit dans son ermitage. Vous ne m'incommoderez point, répliqua Termite. C'est vous seuls qu'il faut plaindre. Vous serez fort mal couchés^ et je n'ai à vous offrir qu'un repas d'anachorète.

Après avoir ainsi parlé, le saint homme nous fît asseoir à une petite table, et nous présentant quelques ciboules, avec un morceau de pain et une cruche d'eau : Mes enfants, reprit-il, vous voyez mes repas ordinaires : mais je veux aujourd'hui faire un excès pour l'amour de vous. A ces mots, il alla prendre un peu de fromage et deux poignées de noisettes qu'il étala sur la table. Le jeane homme, qui n'avoit pas grand appétit, ne fit guère d'honneur à ces mets. Je m'aperçois, lui dit l'ermite, que vous ôtes accoutumés à de meilleures tables que la mienne, ou plutôt que la sensualité a corrompu votre goût naturel. J!ai été comme vous dans le monde. Les viandes les plus délicates, les ragoûts les plus exquis n'étoient pas trop bons pour moi ; mais depuis que je vis dans la solitude, j'ai rendu à mon goût toute sa pureté, ïe n'aime présentement que les racines, les fruits, le lait, en un mot, que ce qui faisoit toute la nourriture de nos premiers pères.

Tandis qu'il parloit de la sorte, le jeune homme tomba dans me profonde rêverie. L'ermite s'en aperçut. Mon fils, lui dit-il, TOUS avez l'esprit embarrassé. Ne puis-je savoir ce qui vous ocîupe? Ouvrez-moi votre cœur. Ce n'est point par curiosilé que e vous en presse, c'est la seule charité qui m'anime. Je suis ians un âge à donner des conseils, et vous êtes peut-être dans me situation à en avoir besoin. Oui, mon père, répondit le caralier en soupirant, j'en ai besoin sans doute, et je veux suivre les vôtres, puisque vous avez la bonté de me les offrir. Je crois que je ne risque rien à me découvrir à un homme tel que vous. Non, mon fils, dit le vieillard, vous n'avez rien à craindre ; on peut me faire toute sorte de confidences. Alors le cavalier lui parla dans ces termes;

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