‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 159 sur 429 · SU B&A · texte numérisé non relu

SU B&A

lempli d'hommes etcTanîmanx. Il y avoft per bonfteof auprès de VhàieAlme une vaste grange où Ton mit les mulets et liBS ballots; les mules et les chevaux des cavaliers fhrent placés dans d^utra endroits. Pour les hommes, ils songèrent moins à chercher dn litsi, qu'à se faire apprêter un bon repas. L'hôte, Hiôtesse; et une jeune servante qu'ils avoient, ne s'y épargnèrent point. Bs firent main basse sur toute la volaille de leur basse-oour. Celt, joint à quelques civets de lapins et de matous, et à une copieuse soupe aux choux Mte avec du mouton, il y en eût pour tout l'équipage.

Nous perdions. Morales et moi, ces cavaKers, qui de teiqp en temps nous envisageoient aussi. Enfin nous liâmes conveMtion, et nous leur dîmes, que, s'ils le vouloient bien, nous souperions avec eux. Il nous témoignèrent que cela leur feroit plaisic. Nous voilà donc tous à table ensemble. Il y en avoit un pani eux qui ordonnoit, et pour qui les autres, quoique d'ailleurs ii en usassent assez familièrement avec lui , ne laissoient pas dft marquer des déférences. Il est vrai que celui-là tenoit le haid bout : il parloit d*un ton de voix élevé; il contredisoit mêm quelquefois d'un air cavalier les autres qui, bien loin de H rendre la pareille, sembloient respecter ses opinions. L'entretiflÉ tomba par hasard sur TAndalousie; et, comme Morales s'avisa de louer Seville, l'homme dont je viens de parler lui dit : Seigneur cavalier, vous faites l'éloge de la ville où j'ai pris naissance ; ou du moins je suis né aux environs, puiisqne le baat% de. Mayrena m'a vu naître. Je vous dirai la même chose, M répondit mon compagnon. Je suis aussi de Mayrena, et^ il n'est pas possible que je ne connoisse point vos parents, moi qui ecdh nois depuis l'alcade jusqu'aux dernières personnes du bourg. Jk qui éte&-vous fils ! D'un honnête notaire, repartit le cavalier, dl Martin Morales. Do Martin Morales I s'écria mon camarade avsc autant de joie que de surprise; par ma foi, l'aventure est fini singulière! vous êtes donc mon frère aftié Manuel Moratest Justement, dit l'autre; et vous êtes apparemment, vous, mm petit frère Luis, que je laissai au berceau quand j'abandonndU maison paternelle ? Vous m'avez nommé , répondit mon camarade. A ces mots, ils se levèrent de table tous deux, et s'eOH brassèrent à plusieurs reprises. Ensuite le seigneur Manuel diti la compagnie : Messieurs, cet événement est tout à fait merveilieuz. La hasard. veut que Je rencontre et reconnoisse on firérs

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que je n*ai point vu depuis plus de vingt aonëes pour le moins : permettez que je vous ]e présente. Alors tous les cavaliers, qui par bienséance se t^oient debout, saluèrent le cadet Morales, et Taocablèrent d*embrassades. Après cela, on se remit à table, et J*on y demeura toute la nuit. On ne se coucha poiiiL Les deux fioàres s'assirent Tun auprès de l'autre , et s'entretinrent tout bas de leur femille, pendant que les autres convives buvoient et se r^ouissoient.

Luis eut une longue conversation avec Manuel ; et, me prenant ensuite en particulier, il me dit Tous ces cavaliers sont des domestiques du comte de Montanos, que le roi a nommé depuis peu À la vice-royauté de Mayorque. Ils conduisent l'équipage du lice-roi à Alicante, où ils doivent s'embarquer. Mon frère, qui ett devenu intendant de ce seigneur, m'a proposé de m'emmener tvec lui ; et sur la répugnance que je lui ai témoignée que j'avois avons quitter, il m'a dit que si vous voulez être du voyage, il YOU» fera donner un bon emploi. Cher ami, poursuivit-il , Je te conseille de ne .pas dédaigner ce parti. Allons ensemble à l'île de Mayorque. Si nous y avons de l'agrément , nous y resterons, et si nous ne nous y plaisons point, nous reviendrons en Espagne.

J'acceptai volontiers la proposition. Nous nous joignîmes, le jsane Morales et moi, aux officiers du comte, et nous partîmes ivec eux de l'hôtellerie avant le lever de l'aurore. Nous nous seodimes à grandes journées à la ville d' Alicante , où j'achetai ttae guitare et me fis iaire un habit fort propre avant rembarquement, ie ne pensois plus à rien qu'à l'île de Mayorque; et Luis Morales étoit dans la môme disposition. Il sembJoit ()ue nous eussions renoncé aux friponneries. 11 faut dire la vériié : nous voulions passer pour honnêtes gens parmi les cavaliers avec qui bous étions, et cela tenoit nos génies en respect. I^nlin nous BOUS embarquâmes gaiement, et nous nous flattions d'être liieatôt à Mayorque; mais à peine fûmes-nous hors du golfe (i*Alicante, qu'il survint une bourrasque effroyable. J'aurois, dans cet endroit de mon récit, une occasion de vous faire une belle description de tempête, de peindre l'air tout en feu, de faire gronder la foudre, siffler les vents, soulever les flots, et UBtera; mais, laissant à part toutes ces fleurs de rhétorique, je vous dirai £[ue l'orage fut violent, et nous obligea de relâchera la pointe de Tile de Cabrera. C'est une ile déserte^ o\v VI ^ ^ \itk

petit fort qui étoit alors gardé par cinq on aht soldats, et par «i officier qui nous reçut fort honnêtement.

Gomme il nous falloit passer là plusieurs jours à raccommoder nos voiles et nos cordages, nous cherchâmes diverses sortM d'amusements pour éviter Tennui. Chacun suivoit ses inclmations : les uns jouoient à la prime, les autres s'amusoient aiitr^ ment; et moi, j'allois me promener dans l'ile avec ceux de noi cavaliers qui aimoient la promenade; c*étoit là mon plaisir. Nous sautions de rocher en rocher, car le terrain est in^al, plein de pierres partout , et Ton y voit fort peu de terre. Un jour, tandis que nous considérions ces lieux secs et arides, et qp$ nous admirions le caprice de la nature qui se montre féconde at stérile où il lui plaît , notre odorat fut saisi tout à coup d*iiiie senteur agréable. Nous nous tournâmes aussitôt du côté de Torient , d'où venoit cette odeur ; et nous aperçûmes avec étOQnement entre des rochers un grand rond de verdure de chèviefeuilles plus beaux et plus odorants que ceux môme qui croissent dans TAndalousie. Nous nous approchâmes volontiers de ces arbrisseaux charmants qui parfumoient Fair aux environs, et il se trouva qu'ils bordoient l'entrée d'une caverne très-profonde. Cette caverne étoit large et peu sombre; nous descendîmes m fond en tournant, par des degrés de pierre dont les extrémités étoient parées de fleurs, et qui formoient naturellement oa escalier en limaçon. Lorsque nous fûmes en bas, nous vlmee serpenter sur un sable plus jaune que l'or plusieurs petits ruisseaux qui tiroient leurs sources des gouttes d'eau que les rochers distilloient sans cesse en dedans, et qui se perdoient sous la terre. L'eau nous parut si belle, que nous en voulûmes boire; et noos la trouvâmes si fraîche, que nous résolûmes de revenir le jour suivant dans cet endroit, et d'y apporter quelques bouteilles de vin , persuadés qu'on ne les boiroit point là sans plaisir.

Nous ne quittâmes qu'à regret un lieu si agréable; et, lorsqie nous fûmes de retour au fort, nous ne manquâmes pas de fanter à nos camarades une si belle découverte : mais le commandant de la forteresse nous dit qu'il nous avertissoit en ami de ne plus aller à la caverne dont nous étions si charmés. Eh I pourquoi cela? lui dis-je; y a-t-il quelque chose à craindre? Sans doute, me répondit-il. Les corsaires d'Alger et de Tripoli descendent quelquefois dans cette île, et viennent faire provision d'eau à cette fontaine. Us y surprirent un jour deux soldats de ma gar^

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