‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 17 sur 429 · I.IVHE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

I.IVHE I, CHAPITRE IV

sur-le-champ, ils s'approchèrent de moi ; et, me mettant chacun nn pistolet sur la gorge, ils me sommèrent de leur apprendre qui j'ëtois, d'où je venois, ce que je voulois aller faire en cette forêt, et surtout de ne leur rien déguiser. A cette manière dMnterroger, qui me parut bien valoir la question dont le muletier nous avoit fait fête, je leur répondis que j'étois un jeune homme d'Oviédo qui allois à Salamanque : je leur contai même l'alarme qu'on venoit de nous donner, et j'avouai que la crainte d'être appliqué à la torture m'avoit fait prendre la fuite. Ils firent un éclat de rire à ce discours, qui marquoit ma simplicité; et Tun des deux me dit : Rassure-toi, mon ami ; viens avec nous, et ne crains rien ; nous allons te mettre en sûreté. A ces mots, il me fit monter en croupe sur son cheval, et nous nous enfonçâmes dans la forêt.

Je ne savois pas ce que je devois penser de cette rencontre; je n'en augurois pourtant rien de sinistre. Si ces gens-ci, disoîsje en moi-même, étoient des voleurs, ils m'auroient volé et peutêtre assassiné. Il faut que ce soient de bons gentilshommes de ce pays-ci, qui, me voyant effrayé, ont pitié d& moi, et m'emmènent chez eux par charité. Je ne fus pas longtemps dans l'incertitude. Après quelques détours que nous fîmes dans un grand silence, nous nous trouvâmes au pied d'une colline, où nous descendîmes de cheval. C'est ici que nous demeurons, me dit un des cavaliers. J'avois beau regarder de tous côtés, je n'apercevois ni maison, ni cabane, pas la moindre apparence d'habitation. Cependant ces deux hommes levèrent une grande trappe de bois, couverte de broussailles, qui cachoit l'entrée d'une longue allée en pente et souterraine, où les chevaux se jetèrent d'eux-mêmes, comme des animaux qui y étoient accoutumés. Les cavaliers m'y firent entrer avec eux ; puis, baissant la trappe avec des cordes qui y étoient attachées pour cet effet, voilà le digne neveu de mon oncle Perez pris comme un rat dans une ratière.

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