LIVRE V, •CHAPITRE II
nonsvei/îons de faire peureux. Il est vrai qu'ils ignoroient encore s'ils dévoient nous regarder comme leurs libérateurs, ou comme de nouveaux bandits qui ne les enlevoient point aux autres pour les mieux traiter. Mais nous les rassurâmes en leur disant que nous allions les conduire jusqu'à une hôtellerie qu'Ambroise soutenoit être à une demi-lieue de là, et qu'ils pourroient en cet endroit prendre toutes les précautions nécessaires pour se rendre sûrement où ils avoient affaire. Après cette assurance, dont ils parurent très-satisfaits, nous les remîmes dans leur chaise, et les tirâmes hors du bois en tenant la bride de leurs mules. Nos anachorètes visitèrent ensuite les poches des vaincus. Puis nous allâmes reprendre le cheval de don Alphonse. Nous prîmes aussi ceux des voleurs que nous trouvâmes attachés à des arbres auprès du champ de bataille. Puis, emmenant avec nous tous ces chevaux, nous suivîmes le frère Antoine, qui monta sur une des mules pout* mener la chaise à l'hôtellerie, où nous n'arrivâmes pourtant que deux heures après, quoiqu'il eût assuré qu'elle n'étoit pas fort éloignée du bois.
Nous frappâmes rudement à la porte. Tout le monde étoit déjà couché dans la maison. L'hôte et l'hôtesse se levèrent à la hâte, et ne furent nullement fâchés de voir troubler leur repos par l'an'ivée d'un équipage qui paroissoit devoir faire chez eux beaucoup plus de dépense qu'il n'en fit. Toute Thôtellerie fut éclairée dans un moment. Don Alphonse et l'illustre fils de Lucinde donnèrent la main au cavalier et à la dame pour les aider à descendre de la chaise; ils leur servirent même d'écuyers jusqu'à la chambre où l'hôte les conduisit. Il se fit là bien des compliments, et nous ne fûmes pas peu étonnés quand nous apprîmes que c'étoit le comte de Polan lui-même et sa fille Séraphine que nous venions de délivrer. On ne sauroit dire quelle fut la surprise de cette dame, non plus que celle de don Alphonse, lorsqu'ils se reconnurent tous deux. Le comte n'y prit pas garde, tant il étoit occupé d'autres choses. Il se mit à nous raconter de quelle manière les voleurs l'avoient attaqué, et comment ils s'étoient saisis de sa fille et de lui, après avoir tué son postillon, ^page et un valet de chambre. Il finit en nous disant qu'il sentoit vivement l'obligation qu'il nous avoit, et que, si nous voulions l'aller trouver à Tolède, où il seroit dans un mois, nous
éprouverions s'il étoit ingrat ou reconnoissant. La fiUe de ce seigneur n'oublia pas de nous rexaerdôt ^w^"à\
de son heureuse délivrance ; et, comme nous jugef^mc et moi, que nous ferions plaisir à don Alphonse si noi nions le moyen de parler un moment en particulier à veuve, nous y rëussimes en amusant le comte de P^ Séraphine, dit tout bas don Alphonse à la dame, je c plaindre du sort qui m'oblige à vivre comme un hoi de la société civile, puisque j*ai eu le bonheur de coi service important qui vous a été rendu. Eh quoi ! lu: elle en soupirant, c'est vous qui m'avez sauvé la vi neur! c'est à vous que nous sommes, mon père et m vablesl Ahl don Alphonse, pourquoi avez- vous tué i Elle ne lui en dit pas davantage; mais il comprit ces paroles et par le ton dont elles furent pronoi s'il aimoit éperdument Séraphine, il n'en étoit gi aimé.