‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 183 sur 429 · LIVRE YII, CHAPITRE I. 3Vt · texte numérisé non relu

LIVRE YII, CHAPITRE I. 3Vt

mm un héros d'Homère, d'un mouvement de crainte qui 'arrêta. Je demeurai aussi troublé que Paris, quand il se pré- Dta pour combattre Ménélas. Je me mis à considérer mon mme, qui me sembla fort et vigoureux, et je trouvai son épée ine longueur excessive. Tout cela faisoit sur moi son effet; anmoins, par point d'honneur ou autrement, quoique je se le péril avec des yeux qui le grossissoient encore, et mal- 5 la nature qui s'opiniâtroit à m'en détourner, j'eus l'assuice de m'avancer vers le chirurgien et de mettre flamberge au ]t.

ilon action le surprit. Qu'y a-t-il donc? seigneur Gil Bias, cria-t-il. Pourquoi ces démonstrations de chevalier errant? os voulez rire apparemment. Non, monsieur le barbier, lui K)ndis-je, non : rien n'est plus sérieux. Je veux savoir si vous s aussi brave que galant. N'espérez pas que je vous laisse sséder tranquillement les bonnes grâces de la dame que vous lez de voir en secret au château. Par saint Corne % reprit le irurgien en faisant un éclat de rire, voici une plaisante aven- •eî Vive Dieul les apparences sont biei) trompeuses. A ces )ts, m'imaginant qu'il n'avoit pas plus d'envie que moi de se ttre, j'en devins plus insolent. A d'autres, interrompis-je, mon li, à d'autres I Ne pensez pas que je me paye d'une simple nétive. Je vois bien, répliqua-t-il, que je serai obligé de parler, lur prévenir le malheur qui arriveroit à vous ou à moi. Je vais •ne vous révéler un secret, quoique les hommes de' notre pression ne puissent pas être trop discrets. Si la dame Lorença e fait entrer à la sourdine dans son appartement, c'est pour icher aux domestiques la connoissance de son mal. Elle a au s un cancer invétéré que je vais panser tous les soirs. Voilà sujet de ces visites qui vous alarment. Ayez donc désormais îsprit en repos là-dessus. Mais, poursuivit-il, si vous n'êtes îs satisfait de cet éclaircissement, et que vous vouliez que nous 1 menions absolument aux mains, vous n'avez qu'à parler ; je ne ns pas homme à refuser le collet. En disant ces paroles, il tira ilongue rapière qui me fît frémir, et se mit en garde d'un air oineme promettoit rien de bon. C'est assez, lui dis-je en renaînantmon épée; je ne suis pas un brutal à n'écouter aucune ^îson; après ce que vous venez de m'apprendre, vous n'êtes

*» Saint Côine, médecin martyr, et patron des chirurgiens.

plus mon ennemi. Embrassons-nous. À ce discoarSy qui loi assez connoitre que je n'ëtois pas si méchant que j'avois pmi d'abord, il remit en riant sa flamberge, me tendit les bras, é ensuite nous nous séparâmes les meilleurs amis du monde.

Depuis ce moment-là Séphora ne s'offrit plus que désagréaUftment à ma pensée. J'éludai toutes les occasions qu'elle me donni de Tentretenir en particulier; ce que je fis avec tant de stMo ek d'affectation, qu'elle s'en aperçut. Étonnée d'un si grand chaagement, elle en voulut savoir la cause ; et, trouvant enfin to moyen de me parler à l'écart : Monsieur l'intendant, me dit-elto, apprenez-moi, de grâce, pourquoi vous fuyez jusqu'à mes regards. Au lieu de chercher comme auparavant l'occasion (to m'entretenir, vous prenez soin de m'éviter. Il est vrai que Jù fait les avances, mais vous y avez répondu : rappelez-vous, rï vous plait, la conversation particulière qne nous avons eue ensemble : vous y étiez tout de feu ; vous êtes à présent tout d0 glace. Qu'est-ce que cela signifie? La question n*étoit pas pei délicate pour un homme naturel. Aussi je fus fort embarrassé. Ji ne me souviens plus de la réponse que je fis à la dame; je pB souviens seulement qu'elle lui déplut infiniment. Séphora, qnttque à son air doux et modeste on l'eût prise pour un agneau, étoit un tigre quand la colère la dominoit. Je croyois, me dit-eUe en me lançant un regard plein de dépit et de rage, je croy(H8 faire beaucoup d'honneur à un petit homme comme vous, en là découvrant des sentiments que de nobles cavaliers feroient gloire d'exciter. Je suis bien punie de m'étre indignement abaissée jusqu'à un malheureux aventurier.

Elle n'en demeura pas là; j'en aurois été quitte à trop boa marché. Sa langue, cédant à la fureur, me donna cent épithètes qui enchérissoient les unes sur les autres. Je sais bien que j'tftrois dû les recevoir de sang-froid, et faire réflexion qu'en dédih gnant le triomphe d'une vertu que j'avois tentée, je commettoto un crime que les femmes ne pardonnent point. Mais j*étois trop vif pour souffrir des injures dont un homme sensé n' aurait Û que rire à ma place, et la patience m'échappa. Madame, hâ dis-je, ne méprisons personne. Si ces nobles cavaliers dont votf parlez vous avoient vu le dos, je suis sûr qu'ils borneroienttt leur curiosité. Je n'eus pas sitôt lancé ce trait, que la furieose duègne m'appliqua le plus rude soufflet qu'ait jamais dooo^ femme outragée. Je n'en attendis pas un second, et j'évitai par

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