LIVRE VII, CHAPITIVE I
1106 prompte fuite une grêle de coups qui seroient tombés sur moi.
Je rpndoîs grâce au ciel de me voir hors de ce mauvais pas, etjem'imaginois n'avoir plus rien à craindre, puisque la dame s'était vengée, n me sembloit que, pour son honneur, elle devoit taire l'aventure : effectivement quinze jours s'écoulèrent sans que j'en entendisse parler. Je commençois moi-même à l'oublier, quand j'appris que Séphora étoit malade. Je fus assez bon pour m'afiliger de cette nouvelle. J'eus pitié de la dame. Je pensai que, ne pouvant vaincre un amour si mal payé, cette malheureuse amante y avoit succombé. Je me représentois avec douleur que j'étois la cause de sa maladie, et je pîaignois du moins la duègne, si je ne pouvois l'aimer. Que je juîj:eois mal d'elle! Sa tendresse changée en haine ne songeoit alors qu'à me nuire*
Un matin que j'étois avec don Alphonse, je trouvai ce jeune cavalier triste et rêveur. Je lui demandai respectueusement ce qu'il avoit. Je suis chagrin, me dit-il, de voir Sëraphine foible, injuste, ingrate. Cela vous étonne, ajouta-l-il en remarquant que jel'écoutois avec surprise; cependant rien n'est plus véritable. J'ignore quel sujet vous avez pu donner à la dame Lorença de vous haïr; mais je puis vous assurer que vous lui êtes deveni: odieux à un point que, si vous ne sortez au plus vite du château, sa mort, dit-elle, est certaine. Vous ne devez pas douter que Séraphine, à qui vous êtes cher, ne se soit d'abord révoltée contre une haine qu'elle ne peut servir sans injustice et sane ingratitude. Mais enfin c'est une femme. Elle aime tendrement Séphora qui l'a élevée. C'est pour elle une mère que cette gouvernante dont elle croiroit avoir le trépas à se reprocher, si elle n'avoit la foiblesse de la satisfaire. Pour moi, quelque amour qui m'attache à Séraphine, je n'aurai jamais la lâche complaisance d'adhérer à ses sentiments là-dessus. Périssent toutes les duègnes •l'Espagne, avant que je consente à l'éloignement d'un garçon que je regarde plutôt comme un frère que comme un domestique!
Lorsque don Alphonse eut ainsi parlé, je lui dis : Seigneur, je suis né pour être le jouet de la fortune. J'avois compté qu'elle cesseroit de me persécuter chez vous, où tout me promettoit des jours heureux et tranquilles. Il faut pourtant me résoudre à m'en bannir, quelque agrément que j'y trouve. Non, non, s'écria le généreux fils de don César; laissez-moi faire entendre raison à
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Sëraphine. Il ne sera pas dit que vous aurez été sacrifié aux e» prices d'une duègne pour qui d'ailleurs on n'a que trop de considération. Vous ne ferez, lui répliquai-je, seigneur, qu'aigrir Séraphine en résistant à ses volontés. J'aime mieux me retirer que de m*exposer par un plus long séjour ici à mettre la division entre deux époux si parfaits. Ce seroit un malheur dont je ne me consolerois de ma vie.
Don Alphonse me défendit de prendre ce parti ; et je le vis si ferme dans le dessein de me soutenir, qu'indubitablement L(h rença en auroit eu le démenti, si j'eusse voulu tenir bon; ceqw j'aurois fait si je n'eusse écouté que mon ressentiment. Il y avoH des moments où, piqué contre la duègne, j'étois tenté de ne k point ménager; mais quand je venois à considérer qu'en révélant sa honte ce seroit poignarder une pauvre créature dont je causois tout le malheur, et que deux maux sans remède condûsoient visiblement au tombeau, je ne me sentois plus que de la compassion pour elle. Je jugeai, puisque j'etois un mortel si dangereux, que je devois en conscience rétablir par ma retraite la tranquillité dans le château ; ce que j'exécutai dès le lendemain avant le jour, sans dire adieu à mes deux maîtres, de peurqa'ils ne s'opposassent à mon départ par amitié pour moi. Je me contentai de laisser dans ma chambre un écrit qui contenait un compte exact que je leur rendois de mon administration.