‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 205 sur 429 · LIVRE VII, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE VIII

pas naturelle, j'allois me déterminer à écouter un jeune oydor ^ de race bourgeoise, qui fait le seigneur en vertu de sa charge, d'une bonne table et d*un équipage, quand je vis pour la première fois le marquis de Marialva. Ce seigneur portugais, qui voyage en Espagne par curiosité, passant par Grenade, s'y arrêta, n vint à la comédie. Je ne jouois point ce jour-là. 11 regarda fort attentivement les actrices qui s'offrirent à ses yeux. Il en trouva une à son gré. Il fit connoissance avec elle dès le lendemain ; et il étoit près de passer bail, lorsque je parus sur le théâtre. Ma vue et mes minauderies firent tout à coup tourner la girouette ; mon Portugais ne s'attacha plus qu'à moi. Il faut dire la vérité; comme je n'ignorois pas que ma camarade eût plu à ce seigneur, je n'épargnai rien pour le lui souffler, et j'eus le bonheur d'en venir à bout. Je sais bien qu'elle m'en veut du mal ; mais je n*y saurois que faire. Elle devroit songer que c'est one chose si naturelle aux femmes que les meilleures amies ne s'en font pas le moindre scrupule.

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