‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 211 sur 429 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Avec quel homme extraordinaire il soupa ce Boii4ày et de ce qui se passa entre eux.

Je remarquai dans la salle une espèce de vieux moine, vêtu de bure grise, qui soupoit tout seul dans un coin. J'allai par cumsite m*asseoir vis-à-vis de lui ; je le saluai fort civilement, et H ne se montra pas moins poli que moi. On m'apporta ma pitance, que je commençai à expédier avec beaucoup d'appétit. Pendant que je mangeois sans dire mot , je regardois souvent ce personnage, dont je trouvois toujours les yeux attachés sur moi. Fatigué de son attention opiniâtre à me regarder, je lui adressai ainsi la parole : Père, nous serions-nous vus par hasard ailleurs qu'ici t Vous m'observez comme un homme qui ne vous seroit pas entièrement inconnu.

II me répondit gravement : Si j'arrête sur vous mes regards, ce n'est que pour admirer la prodigieuse variété d'aventures qui sont marqués dans les traits de votre visage. A ce que je vois, lui dis-je d'un air railleur, votre révérence donne dans la métoposcopie 1 ? Je pourrois me vanter de la posséder, répondit le moine, et d'avoir fait des prédictions que la suite n'a pas démenties. Je ne sais pas moins la chiromancie*; et j'ose dire que mes oracles sont infaillibles, quand j'ai confronté l'inspection delà main avec celle du visage.

1 . La métoposcopie est l'art prétendu qui enseigne à connaître le tempéra, ment et les mœuis par Tiuspcctiou des traits du visage.

2. La chiromancie est un autre art prétendu de deviner et de prédire par i'ioi' pection de la main.

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