‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 210 sur 429 · LIVRE YII, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE YII, CHAPITRE IX

i^uoique ce vieillard eût toute Tapparence d'un homme sage» le trouvai si fou, que je ne pus m'empôcher de lui rire au nez; i lieu de s'offenser de mon impolitesse , il en sourit, et continua I parler dans ces termes, après avoir promené sa vue dans la lUe, et s'être assuré que personne ne nous ëcoutoit : Je ne 'étonne pas de vous voir si prévenu contre deux sciences qui issent aujourd'hui pour frivoles : l'étude longue et pénible a'elles demandent décourage tous les savants, qui y renoncent, l qui les décrient de dépit de n'avoir pu les acquérir. Pour moi, > ne me suis point rebuté de l'obscurité qui les enveloppe , non lus que des difficultés qui se succèdent sans cesse dans la reherche des secrets chimiques et dans l'art merveilleux de transmer les métaux en or.

Mais je ne pense pas, poursuivit-il en se reprenant, que je arle à un jeune cavalier à qui mes discours doivent en effet •aroître des rêveries. Un échantillon de mon savoir-faire vous isposera, mieux que tout ce que je pourrois dire, à juger de loi plus favorablement. A ces mots il tira de sa poche une fiole emplie d'une liqueur vermeille. Ensuite il me dit : Voici un lixir que j'ai composé ce matin des sucs de certaines planter ^stillëes à l'alambic; car j'ai employé presque toute ma vie, lomme Démocrite, à trouver les propriétés des simples et des Dioëraux. Vous allez éprouver sa vertu. Le vin que nous buvons L notre souper est très-mauvais; il va devenir excellent. En nôme temps il mit deux gouttes de son elixir dans ma bouteille, [ai rendirent mon vin plus délicieux que les meilleurs qui se- X)ivent en Espagne.

Le merveilleux frappe l'imagination; et, quand une fois elle »t gagnée, on ne se sert plus de son jugement. Charmé d'un si îeau secret, et persuadé qu'il falloit être un peu plus que diable xmr l'avoir trouvé, je m'écriai plein d'admiration : 0 mon père l 3ardonnez-moi de grâce , si je vous ai pris d'abord pour un vieux Tou. Je vous rends justice présentement. Je n'ai pas besoin d'en voir davantage pour être assuré que vous feriez, si vous vouliez, tout à l'heure un lingot d'or d'une barre de fer. Que je serois heureux si je possédois cette admirable science 1 Le ciel vous préserve de l'avoir jamais I interrompit le vieillard en poussant ^ profond soupir. Vous ne savez pas, mon fils, ce que vous souhaitez. Au lieu de me porter envie, plaignez-moi plutôt de ^'èlrc donné tant de peine pour me rendre malheureux. Je suis

peux souper ici, me dit-elle. Je n'en ferai rien, lui répondis-je; le marquis sera peut-être bien aise d'être seul avec vous. Oh! que non, reprit-elle; il va venir avec deux de ses amis et un de nos messieurs; il ne tiendra qu'à toi de faire le sixième. Tu saâê bien ^ue chez les comédiennes les secrétaires ont le privil^e de manger avec leurs maîtres. Il est vrai, lui dis-je; mais ce seroit de trop bonne heure me mettre sur le pied de ces secrétaire! favoris. Il faut auparavant que je fasse quelque commission de confident pour mériter ce droit honorifique. En parlant ainsi, je sortis de chez Laure, et gagnai mon auberge où je comptois d'aller tous les jours, puisque mon maître n'avoit point di ménage.

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