‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 224 sur 429 · LIVRE VII, CHAPITRE XIIU · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE XIIU

inidis*je, tu es un original avec ton langage précieux. £t toi, me répondit-il; tu n'es qu'une bête avec ton style naturel. «Allez », poursuivit-il en m'appliquant ces paroles de Tarche* véque de Grenade, « allez trouver mon trésorier; qu'il vous « compte cent ducats, et que le ciel vous conduise avec cette «somme. Adieu, monsieur Gil Bias; je vous souhaite un peu « plus de goût. » Je renouvelai mes ris à cette saillie; et Fabrice, me pardonnant d'avoir parlé avec irrévérence de ses écrits, ne perdit rien de sa belle humeur. Nous achevâmes de boire notre seconde bouteille; après quoi nous nous levâmes de table tous denx assez bien conditionnés. Nous sortîmes dans le dessein d'aller nous promener au Prado; mais, en passant devant la porte d'un marchand de liqueurs, il nous prit fantaisie d'entrer chez lui.

n y avoit ordinairement bonne compagnie dans cet endroit-là. Je vis dans deux salles séparées des cavaliers qui s'amùsoient différemment. Dans l'une, on jouoit à la prime et aux échecs, et dans l'autre, dix à douze personnes étoient fort attentives à écouter deux beaux esprits de profession qui disputoient. Nous n'eûmes pas besoin de nous approcher d'eux pour entendre qu'une proposition de métaphysique faisoit le sujet de leur (Hspute ; car ils parloient avec tant de chaleur et d'emportement, qu'ils avoient l'air de deux possédés. Je m'imagine que si on leur eût mis sous le nez l'anneau d'ËIéazar^, on aurait vu sortir des démons par leurs narines. Hé! bon Dieu! dis-je à mon compagnon, quelle vivacité! quels poumons! Ces disputeurs étoient nés pour être des crieurs publics. La plupart des hommes sont déplacés. Oui , vraiment , répondit-il ; ces gens-ci sont apparemment de la race de Novius, ce banquier romain dont la voix s'élevoit au-dessus du bruit des charretiers. Mais, ajoutat-il, ce qui me dégoûteroit le plus de leurs discours, c'est qu'on en a les oreilles infructueusement étourdies. Nous nous éloignâmes de ces métaphysiciens bruyants, et par là je fis avorter une migraine qui commençoit à me prendre. Nous allâmes nous placer dans un coin de l'autre salle , d'où, en buvant des liqaears rafraîchissantes, nous nous mîmes à examiner les cavaliers qui entroient et ceux qui sortoient. Nunez les connoissoit

1. éléazar était un fameux magicien qui exorcisait les démons en attachant au nei da possédé on certain anneau mystique dont le démon n'arait pas plus t6t senti la pnissaiiee, ça'il abandonnait le patient.

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presqae ums, Tbm Diea ! 8*éciia-t-il , la dispato de nos phBo-'

sophes ne finira pas sitM ; voici des troupes fralcbes qui arrivent. G^ trois hommes qui entrent vont se mettre de la fiartie. lUÔB vois-tn ces deux originaux qui sortent? Ce petit perBonnage basané, sec, et dont les cheveux plats et longs loi descendeat par égale portion par devant et par derrière, s'appette don Julien de Yillanuno. C'est un jeune oydor qui tranche du peUW maître. Nous allâmes un de mes amis ei moi dtner itea kd l'antia jour. Nous le surprimes dans une occupation asaes singoliere.!! se divertissoit dans son cabinet à jeter et à se faire a^xirteriNr nn grand lévrier les sacs d'un procès dont il est rapporteoi^ et que le' chien déchircHt à belles dents. Ce licencié qui i'aoooaipagne, cette £ace rubiconde, se nomme dpn Cbénibin Tonto^. C'est un chanoine de l'église de Tolède , le plus imbécile morts! qu'il y ait au monde. Cependant, à son air riant et spiritaéli vous lui donneriez beaucoup d'esprit. Il a des yeux brillant avec unjrire fin et malicieux. On diroit qu'il pense très-lfaement. Lit-on devant lui un ouvrage délicat , il l'écoute avec oa attention que vous croyez pleine d'intelligence, et- toutefois il i^ comprend rien. Il étoit du repas chez l'oydor. On y dit flrib jolies choses, une infinité de bons mots. Don Chérubin ne parti pas ; mais il applaudissoit avec des grimaces et des démonstntions qui paroissoient supérieures aux saillies mêmes qui doob échappoient.

Connois-tu, dis-je à Nunez, ces deux mal peignés qui, les coudes appuyés sur une table , '^'entretiennent tout bas daas ce coin , en se soufilant au nez leurs haleines? Non, me répOndit4I; ces visages-là me sont inconnus. Mais, selon toutes les apparences, ce sont des politiques de cafés qui censurent le gouwnement. Considère ce gentil cavalier qui siffle en se promeouA dans cette salle, et en se soutenant tantôt sur un pied ei tantit sur un autre. C'est don Augustin Moreto, un jeune poète qui B*a* pas né sans talent , mais que les flatteurs et les ignorants oat rendu presque fou. L'homme que tu vois qu'il aborde est m de ses confrères qui fait de la prose rimée , et que Diane a aan frappé.

Encore des auteurs! s*écria-t-il en me montrant deaxhomBMe d'dpëe qui entroient. Il semble qu'ils se soient tous donné le mot

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