‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 227 sur 429 · LIVRE VU, CIIAPITIIE XiV · texte numérisé non relu

LIVRE VU, CIIAPITIIE XiV

étoit assis sur un sopha, et prenoit son chocolat. Nous le saluâmes avec toutes les démonstrations d'un profond respect ; il nous ût de son côté une inclination de tête, accompagnée de regards si gracieux, que je me sentis d'abord gagner l'âme. Effet admirable, et pourtant ordinaire, que fait sur nous l'accueil favorable des grands! Il faut qu'ils nous reçoivent bien mal, quand ils nous déplaisent.

Ce seigneur, après avoir pris son chocolat, s'amusa quelque temps à badiner avec un gros singe qu'il avoit auprès de lui, et qu'il appeloit Cupidon. Je ne sais pourquoi on avoit donné le nom de ce dieu à cet animal, si ce n'est à cause qu'il en avoit toute la malice ; car il ne lui ressembloit nullement d'ailleurs. Il nelaissoit pas, tel qu'il étoit, de faire les délices de son maître, qui étoit si charmé de ses gentillesses^ qu'il le tenoit sans cesse dans ses bras. Nunez et moi, quoique peu divertis des gambades du singe, nous fîmes semblant d'en être enchantés. Gela plut fort au Sicilien, qui suspendit le plaisir qu'il prenoit à ce passetemps, pour me dire : Mon ami, il ne tiendra qu'à vous d'être un de mes secrétaires. Si le parti vous convient, je vous donnerai deux cents pistoles tous les ans. Il suffît que don Fabricio vous présente et réponde de vous. Oui, seigneur, s'écria Nunez, je suis plus hardi que Platon qui n'osoit répondre d'un de ses amis qu'il envoyoit à Denis-le-Tyran. Je ne crains pas de m'attirer des reproches.

Je remerciai par une révérence le poète des Asturies de sa hardiesse obligeante. Puis m'adressant au patron, je l'assurai de Dion zèle et de ma fidélité. Ce seigneur ne vit pas plutôt que sa proposition m'étoit agréable, qu'il fit appeler son intendant, à qui il parla tout bas ; ensuite il me dit : Gil Bias, je vous apprendrai tantôt à quoi je prétends vous employer. Vous n'avez en attendant qu'à suivre mon homme d'affaires; il vient de recevoir des ordres qui vous regardent. J'obéis, laissant Fabrice avec ^e comte et Cupidon.

L'intendant qui étoit un Messinois des plus fins me conduisit à son appartement en m'accablant d'honnêtetés. Il envoya chercher le tailleur qui avoit habillé toute la maison, et lui ordonna de me faire promptement un habit de la même magnificence que Ceux des principaux officiers. Le tailleur prit ma mesure et se l'élira. Pour votre logement, me dit le Messinois, je sais une chambre qui vous conviendra. Eh l avez-vous déjeuné ? pour-

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gaivit-it. Je répondis que non. Ah ! pauvre garçon que tw» HIêb, reprit-il, que ne parlez-vous? Yous êtes ici dans une maisoo où il n'y a qu'à dire ce qu'on souhaite pour l'avoir. TeneE, J8 vais vous mener dans un endroit où, grftce au del, rien m manque.

A ces mots il me fit descendre à l'office, où nous trouvâmes le maître d'hôtel, qui étoit un Napolitain qui valoit bien un Moinois. On pouvoit dire de lui et de l'intendant : lean danse mina que lierre, Pierre danse mieux que Jean. Cet henndte mattn d'hôtel étoit avec cinq ou six de ses amis qui s'empjffiroient de jambons, de langues de bœuf et d'autres viandes salées qui les obligeoient à boire 6oup sur coup. Nous nous joignîmes à ees vivants, et les aidâmes à fesser les meilleurs vins de monsieur le comte. Pendant que ces choses se passoientàroffice, il s'en panoil d'autres à la cuisine. Le cuisinier régaloit aussi trois ou qatUe bourgeois de sa connoissance qui n'épargnoient pas ph» qie nous le vin« qui se remplissoient l'estomac de pâtés de lajmet de perdrix. H n'y avoit pas jusqu'aux marmitons qui ne se dstnassent au cœur joie de tout qu'ils pouvoient escamoter, le ne crus dans une maison abandonnée au pillage ; cependant ce n'étoit rien que cela, ip ne voyois tj[ue des bagatelles, ea OODparaison de ce que je ne voyois pas.

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