‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 237 sur 429 · LIVRE VIII, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE II

if : le premier, c'est de paroître tellement attaché à Son £x-^ IleDce, qu'elle ne doute pas que vous ne lui soyez entièrement ivoué ; et le second, c'est de bien faire votre cour au seigneur •n Rodrigue de Galderone; car cet homme-là manie comme le cire molle Tesprit de son maître. Si vous avez le bonheur vous acquérir la bienveillance de ce secrétaire favori, vous a loin en peu de temps ; c'est une chose dont j:ose hardiment «s répondre.

Seigneur, dis-je à don Diègue, après lui avoir rendu grâces I ses bons avis, apprenez-moi, s'il vous plaît, de quel caracre est don Rodrigue. J'en ai quelquefois entendu parler dans monde. On me Ta peint comme un assez mauvais sujet ; mais me défie des portraits que le peuple fait des personnes qui Dt en place à la cour, quoiqu'il en juge sainement quelqueis. Dites-moi donc, je vous prie, ce que vous pensez du seiear Galderone. Vous me demandez une chose délicate, répondit surintendant avec un souris malin. Je dirois à un autre que us, sans hésiter, que c'est un très-honnôte gentilhomme, et 'on n'en sauroit dire que du bien ; mais je veux avoir de la uchise avec vous. Outre que je vous crois un garçon fort disïl, il me semble que je dois vous parler à cœur ouvert de don drigue, puisque je vous ai conseillé de le bien ménager; autrent ce ne seroit vous obliger qu'à demi. Tous saurez donc, poursuivit-il, que de simple domestique il étoit de Son Excellence, lorsqu'elle ne pcrtoit encore que lom de don François de Sandoval, il est parvenu par degrés poste de premier secrétaire. On n'a jamais vu d'homme plus . Il ne répond guère aux politesses qu'on lui fait, à moins

de fortes raisons ne l'y obligent. En un mot, il se regarde ime un collègue du duc de Lerme ; et, dans le fond, on diroit 1 partage avec lui l'autorité de premier ministre, puisqu'il

donner des charges et des gouvernements à qui bon lui ible. Le public en murmure souvent ; mais c'est de quoi il ne net guère en peine : pourvu qu'il tire des paraguantes * d'une ire, il se soucie fort peu des épilogueurs. Vous concevez bien ce que je viens de vous dire, ajouta don Diègue, quelle con- :e vous avez à tenir avec un mortel si orgueilleux. Oh I que

ParciguanteSf pour fes gants, parce qu'on ne donnait d'abord pour présent été qu'une paire de gants. C'est ce qu'on appelle ailleurs le pot-de-vin, le boire.

ovà, lui di»-je; laissez-moi foire. Il y aura bien da malheiir à je ne me fois pas aimer de lui. Quand on connoit le défont d^ homme à qui Ton veut plaire, il fout être bien maladroit pov n'y pas réussir. Gela étant, reprit Monteser, je vais toos pi^ senter tout à Theure au duc de Lerme.

Nous allâmes dans le moment chez ce ministre, qne nous troovâmes dans une grande salle, occupé à donner audience. U y avoit là plus de monde que chez le roi. Je vis des commandeurs et des chevaliers de Saint-Jacques et de Galatrava, qui soDid* toient des gouvernements et des vice-royautés ; des évéqoes, qoi, ne se portant pas bien dans leurs diocèses, vonloient, sratoMt pour changer d*air, devenir archevêques; et de bons pèras de Saint-Dominique et de Saint-François, qui demandoient humblement des évéchés. Je remarquai aussi des officiers réformés qui foisoient le même rôle qu'y avoit foit ci-devant le capitaine Chinchilla, c'est-à-dire qui se morfondoient dans l'attente d'œ pension. Si le duc ne satisfoisoit pas leurs désirs, il recevoit do moins leurs placets d'un air affable ; et je m'aperçus qu'il lépoBdoit fort poliment aux personnes qui lui parloient.

Nous eûmes la patience d'attendre qu'il eût expédié toos ces suppliants. Alors don Diègue lui dit : Monseigneur, voici Gil Bl» de Santillane, ce jeune homme dont Votre Excellence a fût choix pour remplir la place de don Yalerio. A ce mots, le dac jeta les yeux sur moi, en disant obligeamment que je Tavois déjà méritée par les services que je lui avois rendus. Il me fit ensuite entrer dans son cabinet pour m'entretenir en particulier, ou plutôt pour juger de mon esprit par ma conversation. lyabord il voulut savoir qui j'étois, et la vie que j'avois menéo jusque-là. Il exigea même de moi là-dessus une narration aocère. Quel détail c'étoit me demander! De mentir devant on premier ministre d'Espagne, il n'y avoit point d'apparence. D'uae autre part, j'avois tant de choses à dire aux dépens de ma iranité, que je ne pou vois me résoudre à une confession générale. Gomment sortir de cet embarras? Je pris le parti de farder la vérité dans les endroits où elle auroit fait peur toute nue. M il ne laissa pas de la démêler, malgré tout mon art. Monsieur de Santillane, me dit-il en souriant à la fin de mon récit, à ce qM je vois, vous avez été tant soit peu pkairo^. Monseigneur, loi

!• Picaro, fripoDi coquin, Taorien.

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