LIVRE yXU; CHAPITRE V
dévouées à la favear, rechercher ma conversation , et s'applaudir de ce que je voulois bien me prêter à la leur. Gomment aurois-je pa, après cela, ne me pas croire un homme de conséquence? Il y a bien des gens à la cour qui ont, encore pour moins, cette OjÂnion-là d'eujc.
Un jour j'eus un plus grand sujet de vanité. Le roi, à qui le duc avoit parlé fort avantageusement de mon style , fut curieux d'en voir un échantillon. Son Excellence lAe ût prendre le registre de Catalogne , me mena devant ce monarque , et me dit de lire le premier mémoire que j'avois rédigé. Si la présence du prince me troubla d'abord, celle du ministre me rassura bientôt, et je is la lecture de mon ouvrage, que Sa Majesté n'entendit pas sans plaisir. Elle eut la bonté de témoigner qu'elle étoit conteote de moi , et de recommander même à son ministre d'avoir 9m de ma fortune. Gela ne diminua rien de l'orgueil que j'avûis déjà ; et l'entretien que j'eus peu de jours après avec le comte de Lemos acheva de me remplir la tête d'ambitieuses idées.
J'allai trouver ce seigneur , de la part de son oncle , chez le prince d'Espagne, et je lui présentai une lettre de créance, par laquelle le duc lui mandoit qu'il pouvoit s'ouvrir à moi comme à un homme qui avoit une entière connoissance de leur dessein, et qui étoit choisi pour être leur messager commun. Après avoir lu ce billet , le comte me conduisit dans une chambre où nous nous enfermâmes tous deux , et là ce jeune seigneur me tint ce disc{>urs : Puisque vous avez la confiance du duc de Lerme, je ne doute pas que vous ne la méritiez , et je ne dois faire aucune dijfficulté de vous donner la mienne. Vous saurez donc que les dioses vont le mieux du monde. Le prince d'Espagne me distingue de tous les seigneurs qui sont attachés à sa personne, et qui s'étudient à lui plaire. J'ai eu ce matin une conversation particulière avec lui , dans laquelle il m'a paru chagrin de se voir, par Tavarice du roi, hors d'état de suivre les mouvements de son cœur généreux, et même de faire une dépense convenable à un prince. Sur cela je n'ai pas manqué de le plaindre; et, profitant de ce moment-là, }'ai promis de lui porter demain à son lever mille pistoles, en attendant de plus grosses sommes que je me suis fait fort de lui fournir incessamment. Il a été charmé de ma promesse ; et je suis bien sûr de captiver sa bienveillance , si je lui tiens parole. Allez dire , ajouta-t-il, toutes ces circonstances
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le quittai le comte de Lemoe dès qu'il m'eut perlé é sorte, et Je rejoignis le duc de Lerme, qui» sur mon r envoya demander à Galderone mille pistoles^ dont on vam i le soir, et que j'allai remettre au comte, en disant en moi' Ho, ho! je vois bien à présent quel est FinfaiUible moyen ministre pour réussir dans son entreprise. U a parbleuet, selon toutes les apparences, ses prodigalités .ne le n point. Je devine aisément dans quels coffres il purend ce pistoles; mais, après tout, n'est-il pas juste que oe smt qui entretienne le Ûls? Le comte de Lemos, lorsque je me de lui, me dit tout bas : Adieu, notre cher confident 1 Le d'Espagne aime un peu les dames ; il faudra que nous vous et moi, au premier jour une conférence là-dessus ; vois que j'aurai bientôt besoin de votre ministère. J retournai en rêvant à ces mots qui n'étoient nullement ai et qui me remplissoient de joie. Gomment diable, disoi» voilà prôt à" devenir le Mercure de l'héritier de la monarî n'examinois point si cela étoit bon ou mauvais ; la qui galant étourdissoit ma morale. Quelle gloire pour moi ministre des plaisirs d'un grand prince ! Oh ! tout hem sieur Gil Bias, me dira-t-on: il ne s'agissoitpour vousqu ministre en second. J'en demeure d'accord : mais dans ces deux postes font autant d'honneur l'un que l'autre; l seul en est différent.
En m'acquittant de ces nobles commissions, en me me jour en jour plus avant dans les bonnes grâces du ministre, avec les plus belles espérances du monde, que été heureux si l'ambition m'eût préservé de la faim I U plus de deux mois que je m'étois défait de mon maj appartement, et que j'occupois une petite chambre gar plus modestes. Quoique cela me fil de la peine, comme j tds de bon matin et que je n'y rentrois que la nuit coucher, je prenois patience. J'étois toute la journée ( théâtre, c'est-à-dire chez le duc. J'y jouois un rôle de s( Mais quand j'étois retiré dans mon taudis, le seigneu nouissoit, et il ne restoit que le pauvre Gil Bias, sansarf qui pis est, sans avoir de quoi en faire. Outre que j'él4 fier pour découvrir à quelqu'un mes besoins, je ne com