‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 251 sur 429 · LIVRE VIII, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE IX

agnes inséparables des riches. Quand je me vis maître de 'ente mille ducats, et en état d'en gagner peut-être dix foif» utant, je crus devoir faire une Qgure digne d'un confident de remîer ministre. Je louai un hôtel entier que je fis meubler roprement. J'achetai le carrosse d'un escrivano ^ qui se i'ëtoit innë par ostentation, et qui cherchoit à s'en défaire par le mseil de son boulanger. Je pris un cocher, trois laquais; et, nmne il est juste d'avancer ses anciens domestiques, j'élevai ipion au triple honneur d'être mon vaiet de chambre, mon icrëtaire et mon intendant. Mais ce qui mit le comble à mon .pwil, c'est que le ministre trouva bon que mes gens portasmt sa livrée. J'en perdis ce qui me restoit de jugement, ic éiois guère moins fou que les disciples de Porcius Latro^^ û, lorsqu'à force d'avoir bu du cumin, ils s'étoient rendus issi pâles que leur maître, s'imaginoient être aussi savants que li; pea. s'en falloit que je ne me crusse parent du duc de arme. Je me mis dans la tète que je passerois pour tel, ou 3Ut-ôtre pour un de ses bâtards : ce qui me flattoit infiniment. jijoutez à cela qu'à l'exemple de Son Excellence qui tenoit h]e ouverte, je résolus de donner aussi à manger. Pour cet fet, je chargeai Scipion de me déterrer un habile cuisinier, et m'en trouva un qui étoit comparable peut-être à celui dn omain Nomentanus, de friande mémoire. Je remplis ma cave de n délicieux; et, après avoir fait mes autres provisions, je començai à recevoir compagnie. Il venoit souper chez moi tous les urs quelques-uns des principaux commis du bureau du mi- Btre, qui prenoient fièrement la qualité de secrétaires d'État. I leur faisois très-bonne chère, et les renvoyois toujours bien ireuvës. De son côté, Scipion (car tel maître, tel valet) a voit isfli sa table dans l'office, où il régaloit à mes dépens les perinnés de sa connoissance. Mais outre que j'aimois ce garçon-là, »iiune il contribuoit à me faire gagner du bien, il me paroisit en droit de m'aider à le dépenser. D'ailleurs je regardois ce& ssipations en jeune homme; je ne voyois pas le tort qu'elles e iki&oient; je ne considérois que l'honneur qui m'en revenoit. ne autre raison encore m'empéchoit d'y prendre garde : les Snéfices et les emplois ne cessoieut pas de faire venir l'eau au

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