‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 256 sur 429 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la TÎsite secrète et des présents que le prince d'Espagne fit à Catalina.

J'allai porter à l'heure même cinq cents doubles pistoles au comte de Lemos. Vous ne pouviez venir plus à propos, me dit ce seigneur. J'ai parlé au prince; il a mordu à la grappe; il brûle d'impatience de voir Catalina. Dès la nuit prochaine il veut se dérober secrètement de son palais pour se rendre chez elle, c'est une chose résolue ; nos mesures sont déjà prises pour cela. Averlissez-en les dames, et leur donnez l'argent que vous m'apportez; il est bon de leur faire connoître que ce n'est point un amant ordinaire qu'elles ont à recevoir; d'ailleurs les bienfaits des princes doivent devancer leurs galanteries. Comme vous l'accompagnerez avec moi, poursuivit-il, ayez soin de vous trouver ce soir à son coucher; il faudra de plus que votre carrosse (car je juge à propos de nous en servir) nous attende à minuit aux environs du palais.

Je me rendis aussitôt chez les dames. Je ne vis point Catalina; on me dit qu'elle reposoit. Je ne parlai qu'à la senora Mencia. Madame, lui dis-je, excusez-moi de grâce si je parois dans votre maison pendant le jour; mais je ne puis faire autrement ; il faut bien que je vous avertisse que le prince d'Espagne viendra chez vous cette nuit; et voici, ajoutai-je en lui mettant entre les mains un sac où étoient les espèces, voici une offrande qu'il envoie au temple de Cythère pour s'en rendre les divinités favorables. Je ne vous ai pas, comme vous voyez, engagées dans une mauvaise affaire. Je vous en suis redevable, répondit-elle; mais apprenez-moi, seigneur de Santillane, si le prince aime la musique, n l'aime, repris-je, à la folie. Rien ne le divertit tant qu'une belle voix accompagnée d'un luth touché délicatement. Tant mieux! s'écria-t-elle toute transportée de joie ; vous me charmez

en me disant orit, car ma nièce a un gosier derosBÎgnot et jon du lulh à ravir : elle danse môme parfaitement. Vive Dieu l m*^ criai-je à mon tour, voilà bien des perfections, ma tante: fii'ei faut pas tant à une fille pour faire fortune ; un seul de cestalesH lui suffit pour cela.

Ayant ainsi prépare les voies, j'attendis Th^u^ du coodierà prince. Lorsqu'elle fut arrivée, je donnai mes ordres à mon odcher, et rejoignis le comte de Lemos, qui me dit que le prinn, pour se défaire plus tôt de tout le monde, alloit feindre une légère indisposition, et môme se mettre au lit pour mieux persuader qu'il étoit malade; mais qu'il se relèveroit une heure après, et gagneroit par une porte secrète un escalier dérobé qui conduisoit dans les cours.

Lorsqu'il m'eut instruit de ce qu'ils avoient concerté tonsden, il me posta dans un endroit par où il m*assura qu'ils passeroieBt. J'y gardai si longtemps le mulet, que je commençai à croire que notre galant avoit pris par un autre chemin ou perdu l'envie dl voir Calalina ; comme si les princes perdoient ces sortes de Untaisies avant de les avoir satisfaites ! Enfin, je m'imagînms q^m m'avoit oublié, quand il parut deux hommes qui m'abordèrnt Les ayant reconnus pour ceux que j'attendois, je les menai à moi carrosse, dans lequel ils montèrent l'un et l'autre; pour moi, je me mis auprès du cocher pour lui servir de guide, et je le fis arrêter à cinquante pas de chez les dames. Je donnai la main » prince et à son compagnon, pour les aider à descendre, et noos marcilâmes vers la maison où nous voulions nous introduire. Li porte s'ouvrit à notre approche, et se referma dès que nous fûmes entrés.

Nous nous trouvâmes d'abord dans les mêmes ténèbres oà je m'étois trouvé la première fois, quoiqu'on eût pourtant par distinction attaché une petite lampe à un mur. La lumière qu'elfe répaiidoit otoit si sombre, que nous l'apercevions seulement sans être éclairés. Tout cela ne servoit qu'à rendre l'aventure pb» agréable à son héros, qui fut vivement frappé de la vue des dames, lorsqu'elles le reçurent dans la salle, où la clarté d'an grand nombre de bougies compensoit l'obscurité qui régnoit dais la cour. La tante et la nièce étoient dans un déshabillé galant où il y avoit une intelligence de coquetterie qui ne les laissoit pas regarder impunément. Notre prince se seroit fort bien contenté de la senora Mencia, s'il n'eut pas eu à choisir; mais les char-

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