LIVRE VIII, CHAPITRE XI
mes de la jeune Catalina, comme de raison , eurent la prë-
fih'bien! mon prince, lui dit le comte de Lemos, pouvions- Bons vous procurer le plaisir de voir deux personnes plus joiiesî Je les trouve toutes deux ravissantes, répondit le prince; et je l'ai garde de remporter d'ici mon cœur, puisqu'il n'ëchapperoit pcHnt à la tante, â la nièce le pouvoit manquer.
AiM^ un compliment si gracieux pour une tante, il dit mille cboies flatteuses à Catalina, qui lui répondit très-spirituellement. Comme il est permis aux honnêtes gens qui font le personnage que je faisois dans cette occasion, de se mêler à Tentretien des amants, pourvu que ce soit pour attiser le feu, je dis au galant que sa nymphe chantoit et jouoit du luth à merveille. 11 fui ravi d'apprendre qu'elle eût ces talents ; il la pressa de lui en montrer un échantillon. Elle se rendit de bonne grâce à ces instances, prit un luth tout accordé, joua quelques airs tendres, et chanta (Tune manière si touchante, que le prince se laissa tomber à ses genoux tout transporté d'amour et de plaisir. Mais finissons là oe tableau, et disons seulement que, dans la douce ivresse où diéritier de la monarchie espagnole étoit plongé; les heures s'éoonlèrent comme des moments, et qu'il nous fallut l'arracher de Dette dangereuse maison, à cause du jour qui s'approcboit. Mesâeurs les entrepreneurs le ramenèrent promptement au paaïs, et le remirent dans son appartement. Ils se retirèrent msuite chez eux, aussi contents de l'avoir appareillé avec une iventurière, que s'ils eussent fait son mariage avec une prin-
Je contai le lendemain matin cette aventure au duc de Lerme, mr il vouloit tout savoir. Dans le temps que je lui en achevois e récit, le comte de Lemos arriva, et nous dit : Le prince d'Ës- Migne est si occupé de Catalina, il a pris tant de goût pour elle, (tt'il se propose de la voir souvent et de s'y attacher. Il voudroit ni envoyer aujourd'hui pour deux mille pistoles de pierreries ; nais il n'a pas le sou. Il s'est adressé à moi. Mon cher Lemos, a'a-i-il dit, il faut que vous me trouviez tout à l'heure cette omme-là. Je sais bien que je vous incommode, que je vous ipuise; aussi mon cœur vous en tient-il un grand compte; et si amais je me vois en état de reconnoitre, d'une autre manière [ue par le sentiment, tout ce que vous avez fait pour moi, vous te vous repentirez point de m'avoir obligé. Mon prince, lui ai-je
répondu en le quittant sur-le-champ, j'ai des amis et du créfil je vais vous chercher ce que vous souhaitez.
n n'est pas difficile de le satisfaire, dit alors le duc à son neveu. Santiilane va vous porter cet argent; ou bien, si vous voulez, il achètera lui-même les pierreries; car il s'y connoît parfaitement, et surtout en rubis. N'est-il pas vrai, Gil Blasî ajouta-t-il en me regardant- d'un air malin. Que vpus êtes malicieux, monseigneur, lui répondit-je î Je vDis bien que vous avez envie de faire rire monsieur le comte à mes dépens. Gela ne manqua pas d'arriver. Le neveu demanda quel mystère il y avoit là-dessous. Ce n'est rien, répliqua l'oncle en riant. C'est qu'un jour Santiilane s'avisa de troquer un diamant contre un rubis, et que ce troc ne tourna ni à son honneur 'ni à son profit.
J'aurois été trop heureux si le ministre n'en eût pas dit davantage; mais il prit la peine de conter le tour que Camille et don Raphaël m'avoient joué dans un hôtel garni, et de s'étendre particulièrement sur les circonstances les plus désagréables pour moi. Son Excellence, après s'être bien égayée, m'ordonna d'accompagner le comte de Lemos, qui me mena chez un joaillier où nous choisîmes des pierreries que nous allâmes montrer au prince d'Espagne; après quoi, elles me furent confiées pour être remises à Catalina. J'allai ensuite prendre chez moi deux mille pistoles de l'argent du duc, pour payer le marchand.
On ne doit pas demander si la nuit suivante je fus gracieusement reçu des dames, lorsque j'exhibai les présents de naon ambassade, lesquels consistoient en une belle paire de boucles d'oreilles avec les pendants pour la nièce. Charmées l'une et l'autre de ces marques de l'amour et de la générosité du prince, elles se mirent à jaser comme deux commères, et à me remercier de leur avoir procuré une si bonne connoissance. Elles s'oublièrent dans l'excès de leur joie. Il leur échappa quelques paroles qui me firent soupçonner que je n'avois produit qu'une friponne au fils de notre grand monarque. Pour savoir précisément si j'avois fait ce beau chef-d'œuvre, je mo retirai dans le dessein d'avoir un éclaircissement avec Scipion,
LIVRl VIII, CTIAPITRB XII. IW