‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 263 sur 429 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ccipion Teut marier Gil Bias, et lui propose la fille d'un riche et fameux oriênti Des démarches qui se firent en conséquence.

Un soir , après avoir renvoyé la compagnie qui étoit venue souper chez moi, me voyant seul avec Scipion, je lui demandai ce qu'il avoi^fait ce jour-là. un coup oo maître , me rëponditil. Je vous ménage un riche établissement. Je veux vous marier à la fille unique d*un orfèvre de ma connoissance.

La ûlle d'un orfèvre! m'écriai-je d'un air dédaigneux ; as-tn perdu l'esprit? Peux- tu me proposer une bourgeoise? Quand on a un certain mérite, et qu'on est à la cour sur un certain pied, il me semble qu'on doit avoir des vues plus élevées. Eh ! monsieur, me repartit Scipion , ne le prenez point sur ce ton-là. Songez que c'est le mâle qui anoblit, et ne soyez pas plus délicat que mille seigneurs que je pourrois vous citer. Savez-vous bien que l'héritière dont il s'agit est un parti de cent mille ducats pour le moins? N'est-ce pas là un beau morceau d'orfèvrerie? Lorsque j'entendis parler d'une grosse somme, je devins plus traitable. Je me rends, dis-je à mon secrétaire ; la dot me déterminé. Quand veux-tu me la faire toucher? Doucement, monsieur, me répondit-il; unpen de patience. Il faut auparavant que je communique la chose au père, et que je la lui fasse agréer. Boni repris-je en éclatant de rire, tu en es encore là? Voilà un mariage bien avancé! Beaucoup plus que vous le pensez, répliqua-t-il ; je ne veux qu'une heure de conversation avec l'orfèvre, et je vous réponds de son consentement. Mais, avant que nous allions plus loin, composons, s'il vous plaît. Supposé que je vous fasse donner cent mille ducats, combien m'en reviendra-t-il? Vingt mille, lui repartisje. Le ciel en soit loué I dit-il: Je bernois votre reconnoissance à dix mille; vous êtes une fois plus généreux que moi. Allons,

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