‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 267 sur 429 · LIVRE IX, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAPITRE II

bien auroil-il envie de gagner mon amitié? ou, pressentant que sa faveur est sur son déclin, me ménageroit-il dans la vue de me prier d'intercéder pour lui auprès de notre patron ? Je ne savois i laquelle de ces conjectures je devois m'arréter. Le jour suivant, lorsque je retournai chez lui , il me traita de la môme façon ; il m'accabla de caresses et de civilités. Il est vrai qu'il les rabattit nr la réception qu'il fit aux autres personnes qui se présentoient pour lui parler. Il brusqua les uns, battit froid aux autres; il mécontenta presque tout le monde. Mais ils furent tous assez vengés par une aventure qui arriva , et que je ne dois point passer aons silence. Ce sera un avis au lecteur pour les commis et les secrétaires qui la liront.

Un homme vôtu fort simplement , et qui ne paroissoit pas ce qu'il étoit, s'approcha de Galderone, et lui parla d*un certain mémoire qu'il disoitavoir présenté au duc de Lerme. Don Rodrigue se regarda pas seulement le cavalier, et lui dit d'un ton brusque: Gomment vous appelle-t-on, mon ami? L'on m'appeloitFrancillo dans mon enfance , lui répondit de sang-froid le cavalier; on m'a depuis nommé don Francisco deZuniga, et je me nomme aujourd'hui le comte de Pedrosa. Galderone étonné de ces paroles, et ?oyant qu'il avoit affaire à un homme de la première qualité, Toulut s'excuser : Seigneur, dit-il au comte, je vous demande pardon, si, ne vous connoissant pas... Je ne veux point de tes excuses, interrompit avec hauteur Francillo; je les méprise autant que tes malhonnêtetés. Apprends qu'un secrétaire de ministre doit recevoir honnêtement toutes sortes de personnes. Sois, si tu veux, assez vain pour te regarder comme le substitut de ton maître; mais n'oublie pas que tu n'es que son valet.

Le superb€t don Rodrigue fut fort mortiQé de cet incident. Il n'en devint toutefois pas plus raisonnable. Pour moi, je marquai cette chasse-là *. Je résolus de prendre garde à qui je parlerois dans mes audiences, et de n'être insolent qu'avec des muets* Conime les patentes de don Alphonse se trouvoient expédiées, je les emportai, et les envoyai par un courrier extraordinaire à ce jeune seigneur, avec une lettre du duc de Lerme, par laquello Sqp Excellence lui donnoit avis que le roi venoit de le nommer

1 . Métaphore empruntée du jeu de paume ; on y marqtke la chasse ^ c'est-àlire l'endroit du jeu où est tombée la balle et au delà duquel l'autre joueur doit U [KHiMer, s'il veu/ gagner le coup.

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au gouvernement de Valence. Je ne lui mandai peint la ] j'avois à cette tiomination ; je ne voulus pas môme lia éc faisant un plaisir-de la lui apprendre de bouche, H de lu une agréable surprise, lorsqu'il viendroit à la cour prèler pour son emploi.

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