LIVRE IX, CUAPITBE VJ
Dajis le désespoir qui me possédoit, bien loin de donner à ces mots Tattention qu'ils mëritoient, je ne songeois qu*à tromper les efforts que faisoient la maîtresse et la suivante pour me sauver de ma funeste main ; et je n'y aurois sans doute réussi que trop tôt, si don Bias, qui avoit été averti de notre entrevue, et qui, au lieu d'aller à la campagne, s'étoit cache derrière une tapisserie pour entendre notre entretien, ne fût vite venu se joindre à elles. Don Gaston, s'écria-t-il en me retenant le bras, rappelez votre raison égarée, et ne cédez point lâchement au transport furieux qui vous agite !
J'interrompis Combados. Est-ce à vous, lui dis-je, à me détourner de ma résolution ? Vous devriez plutôt me plonger vous-même un poignard dans le sein. Mon amour, tout malheureux qu'il est, vous offense. N'est-ce pas assez que vous me surpreniez la nuit dans l'appartement de votre femme ? en faut-il davantage pour vous exciter à la vengeance? Percez-moi pour vous défaire d'un homme qui ne peut cesser d'adorer ddna Belena qu'en cessant de vivre. C'est en vain, me répondit don Bias, que vous tâchez d'intéresser mon honneur à vous donner la mort. Vous êtes assez puni de votre témérité, et je sais si bOJQ gré à mon épouse de ses sentiments vertueux, que je lui [>acdonne l'occasion où elle les a fait éclater^ Croyez-rmoi, dogollos, ajouta-t-il, ne vous désespérez pas comme un foible imaot ; soumettez-vous avec courage à la nécessité.
Le prudent Galicien, par de semblables discours, calma peu ï peu ma fureur, et réveilla ma vertu. Je me retirai dans le iosseia de m'éloigner d'Hélène et des lieux qu'elle habitoit.' Deux jours après je retournai à Madrid ; là, ne voulant plus la'occuper que du soin de ma fortune, je commençai à paroître à la cour et à m'y faire des amis. Mais j'ai eu le malheur de n'attacher particulièrement au marquis de Yillaréal, grand seigneur portugais, qui, pour avoir été soupçonné de songer à délivrer le Portugal de la domination des Espagnols, est présentement au château d' Alicante. Comme le duc de Lerme a su que i'avoÎA ébj dans une étroite liaison avec ce seigneur, il m'a ^it aussi arrêter et conduire ici. Ce ministre croit que je puis être complice d'un pareil projet ; il ne sauroit faire un outrage plus sensible à un homme qui est noble et Castillan.
Don Gasion cessa de parler en cet endroit. Après quoi, je lui tepcMT te consoler: Seigneur chevalier, votre honneur ne peut
b04 GIL BLAS.
recevoir aucune atteinte de cette disgrâce, qui tournera san^ doute dans la suite à votre proGt. Quand le duc de Lermesenr instruit de votre innocence, il ne manquera pas de vous donner un emploi considérable pour rétablir la réputation d'un gentit* homme injustement accusé de trahison.