‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 278 sur 429 · LIVRE IX, CHAPITRE YI. <lit · texte numérisé non relu

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jriMteries dont il put s'aviser pour plaire à cette dame, qui n'y nt aucunement sensible, tant elle étoit occupée de moi. Felicia Hoit pourtant dans les intérêts du cavalier, qui l'avoit engagée par des présents à servir son amour. Elle y cmployoit toute son idresse. D'un autre côté, le père secondoit la suivante par des remontrances ; et néanmoins ils ne firent tous deux, pendant une mnée entière, que tourmenter dona Helena, sans pouvoir me la «ndre infidèle.

Combados, voyant que don George et Felicia s'intéressoient m vain pour lui, leur proposa un expédient pour vaincre Topiliâtreté d'une amante si prévenue. Void, leur dit-il, ce que j'ai tnaginé. Nous supposerons qu'un marchand de Coria vient de ecevoir une lettre d'un négociant italien, dans laquelle, après un lëtail de choses qui concerneront le commerce, on lira les paroles uivantes : « Il est arrivé depuis peu à la cour de Parme un : cavalier espagnol nommé don Gaston de Cogollos. Il se dit [ neveu et unique héritier d'une riche veuve qui demeure à : Coria, sous le nom de dona Ëleonor de Laxarilla. Il rechercha : la fille d'un puissant seigneur ; mais on ne veiit pas la lui E accorder qu'on ne soit informé de la vérité. Je suis chargé de I m'adresser à vous pour cela. Mandez-moi donc, je vous prie, [ si vous connoissez ce don Gaston, et en quoi consistent les [ biens de sa tante. Votre réponse décidera de ce mariage. A ! Parme, ce, etc. »

Cette fourberie ne parut au vieillard qu'un jeu d'esprit, qu'une use pardonnable aux amants ; et la soubrette, encore moin& cmpuleuse que le bonhomme, l'approuva fort. L'invention leur embla d'autant meilleure, qu'ils connoissoient Hélène pour une ille fière et capable de prendre son parti sur-le-champ, pourvu [o'elle n'eût aucun soupçon de la supercherie. Don George se ;hargea de lui annoncer lui-même mon changement, et, pour endre la chose encore plus naturelle, de lui faire parler au marihand qui auroit reçu de Parme la prétendue lettre. Ils exécuèrent ce projet comme ils l'avoient formé. Le père, avec une îmotion où il y avoit en apparence de la colère et du dépit, dit i dona Helena : Ma fille, je ne vous dirai plus que nos parents ne prient tous les jours de ne permettre jamais que le meurtrier le don Augustin entre dans notre famille ; j'ai aujourd'hui une 'aison plus forte à vous dire pour vous détacher de don Gaston. ffourez de honte de lui être si fidèle I C'est un volage, un perfide.

Voici une preirve certaine de son infidélité. Lisez vous-méffle cette lettre qu'un marchand de Coda vient de recevoir d'Italie.

La tremblante Hélène prend ce papier supposé, en fait dei yeux la lecture, en pèse tous les termes, et demeure accablée de 4a nouvelle de mon inconstance. Un sentiment de tendresse lui fit ensuite répandre quelques larmes; mais bientôt rappelant ioute sa fierté, elle essuya ses pleurs, et dit d'un ton ferme à son père : Seigneur, vous venez d'être témoin de ma faiblesse ; soyeile aussi de la victoire que je vais remporter sur moi. C'en est fait, je n'ai plus que du mépris pour don Gaston; je nervois eo lui que le dernier des hommes. N'en parlons plus. Allons, rienne tne retient plus ; je suis prête à suivre don Bias à Tautel. Que mon hymen précède celui du perfide qui a si mal répondu à mon amour ! Don George, transporté de joie à ces paroles, embrasa «a fille, loua la vigoureuse résolution qu'elle prenoit, et,s'applaodissant de l'heureux succès du stratagème, il se hâta de ccûnUer les vœux de mon rival.

Dona Helena me fut ainsi ravie. Elle se livra brusquement à €ombados, sans vouloir • entendre l'amour qui lui parloit pour moi au fond de son cœur, sans douter même un instant d'une nouvelle qui auroit dû trouver dans une amante moins de crédulité. L'orgueilleuse n'écouta que sa présomption. Le ressenliment de l'injure qu'elle s'imaginoit que j'avois faite à sa beauté l'emporta sur l'intérêt de sa tendresse. Elle eut pourtant, peu de jours après son mariage, quelques remords de l'avoir précipité ; il lui vint dans l'esprit que la lettre du marchand pouvoit avoir été supposée, et ce soupçon lui donna de l'innuiétude. Mais l'amoureux don Bias ne laissoit point à sa femme le temps de nourrir des pensées contraires à son repos ; il ne songeoit qu'à l'amuser, et il y rdussissoit par une succ»3Ssion continuelle do plaisirs différents qu'il avoit l'art d'inventer.

Elle paroissdit très-contente d'un époux si galant, et ils vi voient tous deux dans une parfaite union, lorsque ma tante accommoda mon affaire avec les parents de don Augustin. Elle m'écrivit aussitôt en Italie pour m'en donner avis. J'étois alors à Reggio, dans la Calabre ultérieure. Je passai en Sicile, sur les ailes de Tamour. Dona E!eonor,qui nem'avoit pas mandé le mariage de la fille de don George, me l'apprit à mon arrivée ; et remarquant qu'il m'aiiligeoit: Vous avez tort, me dit-elle, mon neveu, de vous montrer sensible à la perte d'une dame qui n'a pu voos

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demeurer fidèle. Croyez-moi, bannissez de votre cœur et de votre mémoire une personne qui n'est plus digne de vous occuper.

Comme ma tante ignoroît qu*on eût trompé dona Helena, elle «voit raison de me parler ainsi, et elle ne pouvoit me donner un conseil plus sage. Aussi je me promis bien de le suivre, ou du moins dWecter un air d'indifférence, si je n*étois pas capable de vaincre ma passion. Je ne pus toutefois résister à la curiosité de savoir de quelle manière ce mariage avoit été fait. Pour en être instruit, je résolus de m'adresser à l'amie de Felicia, c'està-<lire à la dame Theodora, dont je vous ai déjà parlé. J'allai ebezelle; j'y trouvai par hasard Felicia, qui, ne s'attendant à rien moins qu'à ma vue, en fut troublée, et voulut sortir pour éviter l'éclaircissement qu'elle ]ugea bien que je lui demanderois. Je Farrôtai. Pourquoi me fuyez-vous ? lui dis-je. La parjure Hélène n'est-elle pas contente de m'avoir sacrifié ? Vous a-t-elle défendu d'écouter mes plaintes? ou cherchez-vous seulement à m'échapper, pour vous faire un mérite auprès de l'ingrate d'avoir refusé de les entendre ?

Seigneur, me répondit la suivante, je vous avoue ingénument qœ votre présence me rend confuse. Je ne puis vous revoir sans me sentir déchirée de mille remords. On a séduit ma maîtresse, et j*ai eu le malheur d'être complice de la séduction. Après cela, pois-je sans honte vous voir paroîlre devant moi? 0 ciel! xi^liquai-je avec surprise, que m'osez-vous dire ? expliquez- vous plus clairement. Alors la soubrette me fit le détail du stratagème dont s'étoit servi Combados pour m'enlever dona Helena; et, â'apercevant que son récit me perçoit le cœur, elle s'efforça de me consoler. Elle m'offrit ses bons offices auprès de sa maîtresse, me promit de la désabuser, de lui peindre mon désespoir, 6D un mot^ de ne rien épargner pour adoucir la rigueur de ma destinée ; enfin, elle me donna des espérances qui soulagèrent on peu mes peines.

Je passe les contradictions infinies qu'elle eut à essuyer de la part de dona Helena pour la faire consentir à me voir. Elle en vint pourtant à bout. Il fut résolu entre elles qu'on me feroit entrer secrètement chez don Bias, la première fois qu'il iroit à une terre où il alloit de temps en temps chasser, et où il demeuroit ordinairement un jour ou deux. Ce dessein s'exécuta bientôt. Le mari partit pour la campagne ; on eut soin de m'en

avertir, et de m'introduire une nuit dans Tappartement de si femme.

Je voulus commencer la conversation par des reproches; os me ferma la bouche : Il est inutile de rappeler le passé, me dit la dame. Il ne s'agit point ici de nous attendrir Tun Vautre, et vous êtes dans Terreur, si vous me croyez disposée à fialter vos sentiments. Je vous le déclare, don Gaston, je n'ai prêté mon consentement à cette secrète entrevue, je n'ai cédé aux instances qu'on m'en a faites, que pour vous dire de vive voix que vous ne devez songer désormais qu'à m'oublier. Peut-être serois-je plus satisfaite de mon sort, s'il étoit lié au vôtre ; mais, puis<iQe le ciel en a ordonné autrement, je veux obéir à ses arrêts.

Eh quoi, madame, lui répondis-je, ce n'est pas assez de vous voir perdue, ce n'est pas assez de voir rhe:r*sux don Bias posséder tranquillement la seule personne que je puisse aimer, il faut encore que je vous bannisse de ma pensée 1 Vous voulei m'arracher mon amour, m'enlever Tunique bien qui me restel Âh I cruelle, pensez-vous qu'il soit possible à un homme qoe vous avez une fois charmé, de reprendre son cœur? Gonnoisset vous mieux que vous ne faites, et cessez de m'exhorter vainement à vous ôter de mon souvenir. Eh bien ! répliqua-t-elleavec précipitation, cessez donc aussi d'espérer que je paye voIpb passion de quelque reconnoissance. Je n'ai qu'un mot à vous dire : l'épouse de don Bias ne sera point Tamante de don Gaston; prenez sur cela votre parti. Fuyez, ajoula-t-elle. Finissons promptement un entretien que je me reproche malgré la purelé de mes intentions, et que je me ferois un crime de prolonger.

A ces paroles, qui m'ôtoient toute espérance, je tombai aux genoux de la dame. Je lui tins des discours touchants. J'employai jusqu'aux larmes pour Tattendrir. Mais tout cela ne servit qu'à exciter peut-ôtre quelques sentiments de pitié qu'on se garda bien de laisser paroître, et qui furent sacriûés au devoir. Après avoir infructueusement épuisé les expressions tendres, lesprières et les pleurs, ma tendresse se changea tout à coup en fureur. Je tirai mon épée pour m'en percer aux yeux de l'inexorable Hélène, qui ne s'aperçut pas plutôt de mon action, qu'elle se jeta sur moi pour en prévenir les suites. Arrêtez, Gogol los, DM dit-elle. Est-ce ainsi que vous ménagez ma réputation ? En vous ôtant ainsi la vie, vous allez me déshonorer et faire passer dod mari pour un assassin.

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