CHAPITRE III
Gil Blu iwend U route du royaume de Ttlence, et arrÎTe enfin à Lirias; description de son ch&teau, comment il y fut reçu,
et queUes gens U y trouTa.
Nous prîmes le chemin de Léon, ensuite celui de Palencia ; et, mtinuant notre voyage à petites journées, nous arrivâmes, au Mit de la dixième, à la ville de Ségorbe, d'où le lendemain dans
matinée nous nous rendîmes à ma terre, qui n'en est éloignée le de trois lieues. A mesure que nous nous en approchions, je renois plaisir à voir mon secrétaire observer avec beaucoup attention tous les châteaux qui s'ofiProient à sa vue, à droite et à tuche, dans la campagne. Lorsqu'il en apercevoit un de grande yparence, il ne manquoit de me dire, en me le montrant du )igt: Je voudroisbien que ce fût là notre retraite. Je ne sais, lui dis-je, mon ami, quelle idée tu as de notre ha* tation; mais si tu t'imagines que c'est une maison magnifique, le terre de grand seigneur, je t'avertis que tu te trompes furieument.
Si iu veux n'ôtre pas la dupe de ton imagination, représehtei la petite maison qu'Horace avoit dans le pays des Sabins rès de Tibur, et qui lui fut donnée par Mécénas. Don Alphonse 'a fait à peu près le même présent. Tant pis, s'écria Scipion ;
ne dois donc m'attendre qu'à voir une chaumière. Ce n'en est istout-à-fait une, lui répondis-je ; mais souviens-toi que je t'en
toujours fait une description très-modeste ; et, dès ce moment, i peux juger par toi-même si j'en ai fait une belle peinture. Jette 8 yeux du côté deGuadalaviar, et regarde sur ses bords, auprès
I. Saint Éliemie, lapidé par les Juifs, pria Dieu, en mourant, pour ses perséteor».
de ce hameau de neuf à dix feux, celte maison qui a quatre petib pavillons ; c'est mon château.
Comment diable! dit alors mon secrétaire d'un ton de ^oiz |^ admiratif, c'est un bijou que cet'.e maison! Outre l'air de nolAxB» que lui donnent ses pavillons, on peut dire qu^elle est bien située, bien bâtie, et entourée de pays plus charmants que les enviroos même de Seville, appelés par excellence le paradis terrestre. Quand nous aurions choisi ce séjour, il ne seroit pas plus de mon goût; en vérité, je le trouve charmant : une rivière rarrose de ses eaux; un bois épais prête son ombrage quand on veotse promener au milieu du jour. L'aimable solitude ! Ah ! mon cher maître, nous avons bien la mine de demeurer ici longtemps! Je L suis ravi, lui dis-je, que tu sois content de notre asile, dont ta ne connois pas encore tous les agréments.
En nous entretenant de cette sorte, nous nous avançâmes vers la maison, dont la porte nous fut ouverte, aussitôt que ScipioD eut dit que c'étoit le seigneur Gil Bias de Santillane qui veooit prendre possession de son château. A ce nom, si respecté des personnes qui l'entendirent prononcer, on laissa entrer machiÎBB dans une grande cour où je mis pied à terre ; puis, m'appuyait pesamment sur Scipion , et faisant le gros dos , je gagnai ooe salle où je fus à peine arrivé, que sept à huit domestiques pan»rent. Ils médirent qu'ils venoient me présenter leurs hommages comme à leur nouveau patron : que don César et don Alphonse de Ley va les a voient choisis pour me servir. Tun en qualité de cuisinier, l'autre d'aide de cuisine, un autre de marmiton, celutci de portier, et ceux-là de laquais, avec défense de recevoir de moi aucun argent, ces deux seigneurs prétendant faire tousles frais de mon ménage. Le cuisinier, nommé maître Joachim, étoit Je principal de ces domestiques, et portoit la parole; il foisoit l'agréable : il me dit qu'il avoit fait une ample provision de toutes sortes d'excellents vins; et que, pour la bonne chère, il espéroit qu'un garçon comme lui qui avoit été six ans cuisinier de monseigneur l'archevêque de Valence, sauroit composer des ragoûts qui piqueroient ma sensualité. Je vais, ajouta-t-il, me préparer à vous donner un échantillon de mon savoir-faire. Promenez-vous, seigneur, en attendant le dîner; visitez votre château; voyez si vous le trouvez en état d'être habité par Votre Seigneurie.
Je laisse à penser si je négligeai cette visite ; et Scipion, encore plus curieux que moi de la faire, m'entraîna de chambre en