I. Terme du jeu d'échecs
OÙ je fusse bien. H me demanda si la chose pressoit. On ne peut pas davantage, lui dis-je; car si je n*ai pas aa plus tôt le bonheur d'être placé, il n'y a point de milieu, il faudra que je meure de faim ou que je devienne un de vos confrères. Si vous étiez réduit à cette nécessité, reprit-il, cela seroit fâcheux pour vous, qui n'êtes pas fait à nos manières ; mais, pour peu que vous y fussiez accoutumé, vous préféreriez notre état à la servitude, qui sans contredit est inférieure à la gueuserie. Cependant, puisque vous aimez mieux servir que de mener, comme moi, une vie libre et indépendante, vous aurez un maître incessamment Tel que vous me voyez, je puis vous être utile. Je vais dès aujourd'hui m'employer pour vous. Soyez ici demain à la môme heure : je vous rendrai compte de ce que j'aurai fait.
Je n'eus garde d'y manquer. Je revins le jour suivant au même endroit , où je ne fus pas longtemps sans apercevoir le mendiant, qui vint me rejoindre, et qui me dit de prendre la peine de le suivre. Je le suivis. Il me conduisit à une cave qui n'étoit pas éloignée de l'église, et où il faisoit résidence. Nous y entrâmes tous deux; et, nous étant assis sur un long banc qui avoit pour le moins cent ans de service, il me tint ce discours : Une bonne action trouve toujours sa récompense; vous me donnâtes hier l'aumône, et cela m'a déterminé à vous procurer une bonne condition ; ce qui sera bientôt fait, s'il plaît au Seigneur. Je connois un vieux dominicain , nommé le père Alexis, qui est un saint religieux , un grand directeur. J'ai l'honneur d'être son commis» sionnaire, et je m'acquitte de cet emploi avec tant de discrétion et de Gdélité, qu'il ne refuse point d'employer son crédit pour moi et pour mes amis. Je lui ai parlé de vous, et je l'ai mis dans la disposition de vous rendre service. Je vous présenterai à Sa Révérence quand il vous plaira.
Il n'y a pas un moment à perdre, dis-je au vieux mendiant, allons voir tout à l'heure ce bon religieux. Le pauvre y consentit, et me mena sur-le-champ au père Alexis, que nous trouvâmes occupé dans sa chambre à écrire des lettres spirituelles. Il interrompit son travail pour me parler. Il me dit qu'à la prière dn mendiant il vouloit bien s'intéresser pour moi. Ayant appris, poursuivit-il , que le seigneur Baltazar Velasquez avoit besoin d'un laquais, je lui ai écrit ce matin en votre faveur, et il vient de me faire réponse qu'il vous recevroit aveuglément de ma main. Vous pouvez dès ce jour le voir de ma part; c'est mon