LIVRE X, CHAPITRE XI
nOBoer; il a'y a pas manqué : mais prends-y garde^ je t'en avertis, cet emploi n'est pas sans désagrément. Si je viens à n'apercevoir que tu m*observes, jeté ferai mourir sous le bâton; m lieu que, si tu veux m'aider à tromper mon père, tu peux jont attendre de ma reconnoissance. Faut>il te parler plus claiitfXient ? tu auras ta part dans les coups de ûlet que nous ferons msemble. Tu n'as qu'à choisir : déclare-toi dans le moment pour e père ou pour le ûls ; point de quartier.
Monsieur, lui répondis-je, vous me serrez furieusement le louton ; je vois bien que je ne pourrai me défendre de me ranger le Totre parti, quoique dans le fond je me sente de la répugnance à trahir le seigneur Velasquez. Tu ne dois t'en faire auuin scrupule, reprit Gaspard ; c'est un vieil avare qui voudroit »icorememenerà la lisière; un vilain qui me refuse mon néce»udre, en refusant de fournir à mes plaisirs ; car les plaisirs sont les besoins à vingt-cinq ans. C'est dans ce point de vue qu'il faut que tu regardes mon père. Voilà qui est uni, monsieur, lui lis-je, il n'y a pas moyen de tenir contre un si juste sujet de }lainte. Je me déclare pour vous, et je m'offre à vous seconda* lans vos louables entreprises; mais cachons bien tous deux noire ntelligence, de peur qu'on ne mette à la porte votre fidèle adoint. Vous ne ferez point mal, ce me semble, d'affecter de me lalr : parlez-moi brutalement devant tout le monde : ne mesurez X)int les termes. Quelques soufïlels môme et quelques coups de le pied au cul ne gâteront rien ; au contraire, plus vous me don* lerez de marques d'aversion, plus le seigneur Baltazar aura de x>nfiance en moi. De mon côté, je ferai semblant d'éviter votre conversation. En vous servant à table, je paroitrai ne m'en ac- [uitter qu'à regret ; et, quand je m'entretiendrai de votre seigneurie, ne trouvez pas mauvais que je dise pis que pendre de ^ous. Vous verrez que tout le monde au logis sera la dupe do ^ieUe conduite, et qu'on nous croira tous deux ennemis naort^ls.
Vive Dieu 1 s'écria le jeune Velasquez à ces dernières paroles, e t'admire, mon ami ; tu fais paroitre à ton âge un génie étonlant pour l'intrigue ; j'en conçois pour moi le plus heureux pré- »ige. J'espère qu'avec le secours de ton esprit, je ne laisserai yas une pistole à mon père. Vous me faites trop d'honneur, lui lis-je, de tant compter sur mon industrie. Je ferai mon possible X)ur justifier la bonne opinion que vous en avez; et si je ne puis f réussir, ce ne sora pas ma faute.
Je ne tardai guère à faire connoître à Gaspard que j'étois effeclîvement l'homme qu'il lui falloit ; et voici quel fut le premier service que je lui rendis. Le coffre-fort de Baltazar étoit dans la chambre de ce bon homme, à la ruelle de son lit, et lui^ servoil de prie-Dieu. Toutes les fois que je le regardois, il me réjouissoit la vue. et je lui disois souvent en moi-môme : Goffre-fort, mon ami, seras-tu toujours fermé pour moi? n*aurai-je jamais le plaisir de contempler le trésor que tu recèles ? Comme j'allois quand il me plaisoit dans la chambre, dont Tentrëe n'étoit inter dite qu'à Gaspard, il arriva un jour que j'aperçus son père, qui, croyant n'être vu de personne, après avoir ouvert et refermé son cofifre-fort, en cacha la clef derrière une tapisserie. Je remarquai bien l'endroit, et ûs part de cette découverte à mon jeune maître, qui me dit en m'embrassant de joie : Ah I mon cher Scipion, que viens-tu de m'apprendre? Notre fortune est faite, mon enfant. Je te donnerai dès aujourd'hui de la cire, tu prendras Fempreinte de la clef, et tu me la remettras entre les mains. Je n'aurai pas de peine à trouver un serrurier obligeant dans Gordoue, qui n'est pas la ville d'Espagne où il y a le moins de fripons.
Eh ! pourquoi, dis-je à Gaspard, voulez- vous faire faire une fausse clef, quand nous pouvons nous servir de la véritable? Tu as raison, me répondit-il, mais je crains que mon père, pardtffiance ou autrement, ne s'avise de la cacher ailleurs, et le plus sûr est d'en avoir une qui soit à nous. J'approuvai sa crainte, et, me rendant à son sentiment, je me préparai à prendre l'empreinte de la clef; ce qui fut exécuté un beau matin, tandis que mon vieux patron faisoit une visite au père Alexis , avec lequel il avoit ordinairement de fort longs entretiens. Je n'en demeurai pas là : je me servis de la clef pour ouvrir le coffre-fort, qui, se trouvant rempli de grands et de petits sacs , me jeta dans un embarras charmant. Je ne savois lequel choisir, tant je me sentois d'affection pour les uns et pour les autres I néanmoins, comme la peur d'être surpris ne me permettoit pas de faire un long examen, je me saisis à tout hasard d'un des plus gros. Ensuite, ayant refermé le coffre et remis la clef derrière la tapisserie, je sortis de la chambre avec ma proie, que j'allai cacher dans une petite garde-robe, en attendant que je pusse la remettre au jeune Velasquez, qui m'attendoit dans une maison où il m'avoit donné rendez-vous, et que je rejoignis promptemcut