‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 364 sur 429 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Gil Bias se rend de jour en jour plus cher à son maître. Un retour de Scipion i Madrid, et de la relation qu'il fit de son

Toyage à Santillane.

Le comte d*01ivarès, que j'appellerai désormais le comte-duo, pêTce qu'il plut au roi, dans ce temps-là, de l'honorer de ce titre, avoit un foible que je ne découvris pas infructueusement; c'étoit de vouloir être aimé. Dès qu'il s'apercevoit que quelqu'un 'S'attachoit à lui par inclination, il le prenoit en amitié. Je n'eus garde de négliger cette observation. Je ne me contentois pas de bien faire ce qu'il me commandoit, j'exécutois ses ordres avec des démonstrations de zèle qui le ravissoient, J'étudiois son goût en toutes choses pour m'y conformer, et prévenois ses désirs autant qu'il m'étoit possible.

Par cette conduite, qui mène presque toujours au but, je devins insensiblement le favori de mon maître, qui, de son côté, comme j'avois le môme foible que lui, me gagna l'âme par les marques d'affection qu'il me donna. Je m'insinuai si avant dans ses bonnes grâces, que je parvins à partager sa confiance avec le seigneur Gamero *, son premier secrétaire.

Carnero s'étoit servi du même moyen que moi pour plaire à Son Excellence; et il y avoit si bien réussi, qu'elle lui faisoit part des mystères du cabinet. Nous étions donc, ce secrétaire et moi, les deux confidents du premier ministre et I^s dépositaires de ses secrets : avec cette différence qu'il ne parloit à Carnero que d'affaires d'État , et qu'il ne m'entretenoit que de ses intérêts particuliers; ce qui faisoit, pour ainsi dire, deux départements séparés, dont nous étions également satisfaits l'un et l'autre. Nous vivions ensemble sans jalousie comme sans amitié. J'avois sujet d'être content de ma place, qui, me donnant sans cesse occasion d'être avec le comte-duc , me mettoit à portée de voir le fond de son âme, que, tout dissimulé qu'il étoit naturellement, il cessa de me cacher, lorsqu'il ne douta plus de la sincérité de mon attachement pour lui.

Santillane, me dit-il un jour, tu as vu le duc de Lerme jouir d'une autorité qui ressembloit moins à celle d'un ministre favori

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