‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 368 sur 429 · LIVRE XI, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE X

fille qui mourut en naissant, et peu de jours après elle fut ellemôme la victime de sa couche.

Quelle perte pour un père qui n'avoît, pour ainsi dire, des yeux que pour sa fille , et qui voyoit avorter par là le dessein d'ôter le droit d'aînesse à la branche de Medina Sidonia I II en fut si pénétré, qu'il s'enferma pendant quelques jour?, et ne voulut voir personne que moi, qui, me conformant à sa vive douleur, parus aussi touché que lui. Il faut dire la vérité, je me servis de cette occasion pour donner de nouvelles larmes à la mémoire d'Antonia. Le rapport que sa mort avoit avec celle de la marquise de Toral rouvrit une plaie mal fermée, et me mit si bien en train de in'affliger, que le ministre, tout accablé qu'il étoit de sa propre douleur, fut frappé de la mienne. Il étoit étonné de me voir entrer, comme je faisois, dans ses chagrins. Gil Bias, me dit- il un jour que je lui parus plongé dans une tristesse mortelle, c'est une assez douce consolation pour moi d'avoir un confident si sensible à mes peines. Ah! Monseigneur, lui répondis-je en lui faisant tout l'honneur de mon affliction , il faudroit que je fusse bien ingrat et d'un naturel bien dur, si je ne les sentois pas vivement. Puis-je penser que vous pleurez une fille d'un mérite accompli, et que vous aimiez si tendrement, sans mêler mes pleurs aux vôtres? Non, Monseigneur, je suis trop plein de vos bontés pour ne partager pas toute ma vie vos plaisirs et vos ennuis.

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