LIVRE XI, CHAPITRE XIV
dire des injures réciproquement , et se retirèrent quand ils eurent bu et mangé à discrétion.
Après leur retraite, je demandai à Fabrice pourquoi il ne demeuroit plus chez son trésorier, et s'ils s'étoient brouillés tous deux. Brouillés I me rëpondit-il, le ciel m'en préserve ! je suis mieux que jamais avec le seigneur don Bertrand, qui m'a permis de loger en mon particulier : ainsi j'ai loué ce corps de logis pour y recevoir mes amis, et me réjouir avec eux en toute liberté : ce qui m'arrive fort souvent ; car tu sais bien que je ne suis pas d'humeur à vouloir laisser de grandes richesses à mes héritiers ; et, ce qu'il y a d'heureux pour moi, je suis présentement en état de faire tous les jours des parties de plaisir. J'en suis ravi, repris-je, mon cher Nunez ; et je ne puis m*empécher de te féliciter encore sur le succès de ta dernière tragédie ; les huit cents pièces dramatiques du grand Lope ne lui ont pas rapporté le quart de ce que t'a valu ton Comte de Saldagne.