‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 390 sur 429 · LIVRE XII, CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAPITRE lY

t-elle, je vous dirai s'il faut lui rendre une réponse favorable ou ses pierreries.

Je ne doutoîs point du tout que Laure n'exhortât plutôt Lucrèce à s'écarter de son devoir qu'à s'y maintenir, et je comptois fort sur cette exhortation. Néanmoins j'appris avec surprise le jour suivant que Laure avoit eu autant de peine à porter sa fille au mal, que les autres mères en ont à porter les leurs au bien; et ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est que Lucrèce , après avoir eu quelques entretiens secrets avec le monarque, eut tant de regrets de s'être livrée à ses désirs, qu'elle quitta tout à coup le monde, et s'enferma dans le monastère de l'Incarnation , où bientôt elle tomba malade et mourut de chagrin. Laure, de son côté , ne pouvant se consoler de la perte de sa fille, et d'avoir sa mort à se reprocher, se retira dans le couvent des Filles Pénitentes, pour y pleurer les plaisirs de ses beaux jours. Le roi fut touché de la retraite inopinée de Lucrèce; mais ce jeune prince, n'étant pas d'humeur à s'affliger longtemps, s'en consola peu à peu. Pour le comte-duc, quoiqu'il ne parût guère sensible à cet incident , il ne laissa pas d'en être très-mortifié; ce que le lecteur n'aura pas de peine à croire.

Page 1