LIVRE XII, CHAPITRE Vl. ftôT
iasco, fille du duc de Gastille, et il eut assez d'autorité pour la lui faire épouser en dépit de ce duc et de ses parents.
Quelques jours avant ce mariage , Monseigneur m'ayant envoyé chercher, me dit, en me mettant des papiers entre les mains : Tiens, Gil Bias, j'ai un nouveau présent à fe faire. Je crois qu'il ne te sera pas désagréable ; voici des lettres de noblesse que j'ai fait expédier pour toi. Monseigneur, lui répondis-j& assez surpris de ces paroles, Votre Excellence sait que je suis fils d'une duègne et d'uB écuyer : ce seroit , ce me semble, profaner la noblesse que de m'y a^éger; et c'est de toutes les grâces que Sa Majesté me peut faire, celle que je mérite et que je désire 1& moiB& Ta naissance, refX'it le ministre,, est un obstacle facile à lever. Tu as été occupé des affaires de l'État sous le ministère du duc de Lerme et sous le mien ; d'ailleurs, ajouta-t-il avec un souris, n'as-tu pas rendu au monarque des services qui méritent une récompense? En un mot , Santillane, ta n'es pas indigne de l'honneur que j'ai voulu te faire : de plus, et cette raison est sans réplique, le rang que tu tiens auprès de mon fils demande que tu sois noble ; je t'avouerai même que c'est à cause de cela que je t'ai donné des lettres de noblesse. Je me rends. Monseigneur,, luirépliquai-je, puisque Votre Excellence le veut absolument. En adievant ces ixu>ts, je sortis avec me& patentes, que je serrai dans ma poche.
Je suis donc présentement gentilhomme! dis-je en moi-même lorsque je fus dans la rue; me voilà noble sans que j'en aie l'obligation à mes parents : je pourrai , quand il me plaira, me faire appeler don Gil Bias; et si quelqu'un de ma connoissance s'avise de me rire au nez en me nommant ainsi, je lui ferai signiQer mes lettres. Mais lisons-les, continuai-je ea les tirant de ma poche ; voyons un peu de quelle façon on y décrasse le vilain. Je lus donc mes patentes, qui portoient en substance : Que le roi, pour reconnoitre le zèle que j'avois fait paroitre en plus d'une occasion pour son service et pour le bien de l'État ^ avoit jugé à propos de me gratifier de lettres de noblesse. J'ose dire, à ma louange, qu'elles ne m'inspirèrent aucun orgueil. Ayant toujours devant les yeux la bassesse de mon origine, cet honneur m'humilioit au lieu de me donner de la vanité : aussi je me promis bien de renfermer mes patentes dans un tiroir, sans me vanter d'en être pourvu.