‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 403 sur 429 · LIVRE XII, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAPITRE IX

sur la tête du comte-duc, qu'ils se joignirent à la reine ; et, ce qui porta le dernier coup à sa faveur, c'est que la duchesse douairière de Mantoue, ci-devant gouvernante de Portugal, revint de Lisbonne à Madrid, et fit voir clairement au roi que la révolution de ce royaume n*étoit arrivée que par la faute de son premier ministre.

Les discours de cette princesse firent toute Timpression qu'ils pouvoient faire sur Tesprit du monarque, qui, revenant enfin de son entêtement pour son favori, se dépouilla de toute Taffection qu'il avoit pour lui. Lorsque ce ministre fut informé que le roi ëcoutoit ses ennemis, il s'avisa de lui écrire un billet pour lui demander la permission de se démettre de son emploi, et de s'éloigner de la cour, puisqu'on lui faisoit l'injustice de lui imputer tous les malheurs arrivés à la monarchie pendant le cours de son ministère. Il s'imaginoit que cette lettre feroit un grand effet, croyant que le prince conservoit encore pour lui assez d'amitié pour ne vouloir pas consentir à son éloignement ; mais toute la réponse que lui fit Sa Majesté fut qu'elle lui accordoit la permission qu'il demandoit, et qu'il pouvoit se retirer où bon lui sembleroit.

Ces paroles écrites de la main du roi furent un coup de tonnerre pour Monseigneur, qui ne s'y étoit nullement attendu. Néanmoins, quoiqu'il en fût étourdi, il affecta un air de constance, et me demanda ce que je feroisà sa place. Je prendrois, lui dis-je, aisément mon parti ; j'abandonnerois la cour, et j'irois à quelqu'une de mes terres passer tranquillement le reste de mes jours. Tu penses sainement, répliqua mon maître, et je prétends bien aller finir ma carrière à Loeches, après que j'aurai seulement une fois entretenu le monarque : je suis bien aise de lui remontrer que j'ai fait humainement tout ce que j'ai pu pour bien soutenir le pesant fardeau dont j'étois chargé, mais qu'il n'a pas dépendu de moi de prévenir les tristes événements dont on me fait un crime, n'étant point en cela plus coupable qu'un habile pilote, qui, malgré tout ce qu'il peut faire, voit son vaisseau emporté par les vents et par les flots. Ce ministre se flattoit encore qu'en parlant au Prince il pourroit rajuster les choses, et regagner le terrain qu'il avoit perdu ; mais il ne put en avoir audience, et, de plus, on lui envoya demander la clef dont il se servoit pour entrer, quand il lui plaisoit, dans l'appartement de Sa Majesté.

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Jugeant alors qu'il n'y avoit plus d'espérance pour lui, Use détermina tout de bon à la retraite. II visita ses papiers, dontil brûla prudemment une grande quantité ; ensuite il nomooa les officiers de sa maison et les valets dont il vouloit être suivi, donna des ordres pour son départ, et en fixa le jour au lendemain. Comme il craignoit d'être insulté par la populace enviant du palais, il s'échappa de grand matin par la porte des cuisines, monta dans un méchant carrosse avec son confeasnr et moi, et prit impunément la route de Loeches, village dootil étoit seigneur, et où la comtesse son épouse a fait bâtir on mgnifique couvent de religieuses de l'ordre de Saint-Dominiqie. Nous nous y rendîmes en moins de quatre heures, et toutes le personnes de sa suite y arrivèrent peu de temps après nous.

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