‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 44 sur 429 · CHAPITRE PREMIEB · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEB

Fabrice mène et fait recevoir Gil Bias chez le licencié Sedillo. Dans quel état étoit ce chanoine. Portrait de sa gouvernante.

Nous avions si grand' peur d'arriver trop tard chez le vieux icencié, que nous ne fîmes qu'un saut du cul-de-sac à sa maison. Nous en trouvâmes la porte fermée : nous frappâmes. Une fille de dix ans, que la gouvernante faisoit passer pour sa nièce en dépit de la médisance, vint ouvrir : et comme nous lui deman* dions si Ton pouvoit parler au chanoine, la dame Jacinte parut. C'étoit une personne déjà parvenue à l'âge de discrétion, mais belle encQre; et j'admirai particulièrement la fraîcheur de son teint. Elle portoit une longue robe d'une étoffe de laine la plus commune, avec une large ceinture de cuir, d'où pendoient d'un côté un trousseau de clefs, et de l'autre un chapelet à gros grains. D'abord que nous l'aperçûmes, nous la saluâmes avec beaucoup de respect ; elle nous rendit le salut fort civilement, mais d'un air modeste et les yeux baissés.

J'ai appris, lui dit mon camarade, qu'il faut un honnête garçon au seigneur licencié Sedillo, et je viens lui en présenter un dont j'espère qu'il sera content. La gouvernante leva les yeux à ces paroles, me regarda fixement; et, ne pouvant accorder ma broderie avec le discours de Fabrice, elle demanda si c'étoit moi qui recherchois la place vacante. Oui, lui dit le fils de Nunez, c'est ce jeune homme. Tel que vous le voyez, il lui est arrivé des disgrâces qui l'obligent à se mettre en condition : il se consolera de ses malheurs, ajouta- t-il d'un ton doucereux, s'il a. le bonheur d'entrer dans cette maison, et de vivre avec la vertueuse Jacinte, qui mériteroit d'être la gouvernante du patriarche des Indes. A ces mots, la vieille béate cessa de me regarder, pour considérer le gracieux personnage qui lui parloit ; et frappée de ses traits, qu'elle crut ne lui être pas inconnus : J'ai une idée

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