‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 45 sur 429 · LIVRE JI, GHAPITKE I · texte numérisé non relu

LIVRE JI, GHAPITKE I

ccmfiaae de vous avoir vu, lui dit-^lle ; aidez-moi à la débrouiller. Chaste Jacinte, lui répondit Fabrice, il m'est bien glorieux de m'étre attiré vos regards. Je mis venu deux fois dans cette maison avec mon maître le seigneur Manuel Ordonnez, administrateur de Tbôpital. £h 1 justeoaeat, répliqua la gouvernante, je n'en souviens, et je vous remels. Ah 1 puisque vous appartenez au seigneur Ordonnez, il faut que votts soyez un gardon de bien et d'hoAneur. Votre condition fait votre éloge, et ce jeune homme ne sauroit avoir un meilleur répondant que vous. Venez, poorsttivit^elle, je vais vous faire parler au seigneur Sedillo. Je crois qu'il sera bien aise d'avoir un garçon de votre main.

Nous suivîmes la dame Jacinte. Le chanoine étoit I jé par bas, et son appartement conslstoit en quatre pièces de plainpied, bien boisées. Elle nous pria d'attendre un moment dans la presoièro, et nous y laissa pour passer dans la seconde, où étoit te iioencié. Après y a¥oir demeuré quelque temps en particulier avec lui pour le mettre au fait, elle vint nous dire que nous pouvions entrer. Nous aperçûmes le vieux podagre enfoncé dans un fiuiteoii, nn oreiller sous la tête, des coussins sous les bras, et les jambes appuyées sur un gros carreau plein de duvet. Nous Dous approchâmes de lui sans ménager les révérences; et Fabrice, portant encore la parole, ne se contenta pas de redire ce qu'il avoit dit à la gouvernante ; il se mit à vanter mon mérite, et s'étendit principalement sur l'honneur que je m'étois acquis étiez le docteur Godinez dans les disputes de philosophie : comme s'il eût fallu que je fusse un grand philosophe pour devenir valet d'un chanoine 1 Cependant, par le bel éloge qu'il ût de BM)iy il ne laissa pas de jeler de la poudre aux yeux du licencié, (joi, remarquant d'ailleurs que je ne déplaisois pas à la dame lacinte, dit à mon répondant : L'ami, je reçois à mon service le garçon que tu m'amènes; il me revient assez, et je juge favorablement de ses mœurs, puisqu'il m'est présenté par un domestique du seigneur Ordonnez.

D'abord que Fabrice vit que j'étois arrêté, il fit une grande révérence au chanoine, une autre encore plus profonde à la gouvernante, et se fetira fort satisfait, après m' avoir dit tout bas que noas nous reverrions, et que je n'avois qu'à rester là. Dès qu'il £at sorti, le licencié me demanda comment je m'appelois, poBfquoi j'avois quitté ma patrie; et par ses questions il m'engagea, devADt la dame Jacinte, à raconter mon kûsU)\re« ^^\^^

divertis tous deux, surtout par le récit de ma dernière aventure Camille et don Raphaël leur donnèrent une si forte envie d( rire, qu'il en pensa coûter la vie au vieux goutteux : car, comme il rioit de toute sa force, il lui prit une toux si violente, que je crus qu'il alloit passer. Il n*avoit pas encore fait son testament; jugez si la gouvernante fut alarmée 1 Je la vis tremblante, éperdue, courir au secours du bonhomme, et, faisant tout ce qu'on fait pour soulager les enfants qui toussent, lui frotter le front el lui taper le dos. Ce ne fut pourtant qu'une fausse alarme : le vieillard cessa de tousser, et sa gouvernante de le tourmenter. Alors je voulus achever mon récit; mais la dame Jacinte, craignant une seconde toux, s'y opposa. Elle m'emmena môme de la chambre du chanoine dans une garde-robe, où parmi plusieurs habits étoit celui de mon prédécesseur, ^lle me le fit prendre, et mit à sa place le mien, que je n'étois pas fâché de conserver, dans l'espérance qu'il me serviroit encore. Nous allâmes ensuite tous deux préparer le dîner.

Je ne parus pas neuf dans l'art de faire la cuisine. Il est vrai que j'en avois fait l'heureux apprentissage sous la dame Leonardo, qui pouvoit passer pour une bonne cuisinière : elle n'étoit pas toutefois comparable à la dame Jacinte. Celle-ci l'emportoit peut-être sur le cuisinier même de l'archevêché de Tolède. Elle excelloit en tout. On trouvoit ses bisques exquises, tant elle savoit bien choisir et mêler les sucs des viandes qu'elle y faisoit entrer; et ses hachis étoient assaisonnés d'une manière qui les rendoit très-agréables au goût. Quand le dîner fut prêt, nous retournâmes à la chambre du chanoine, où, pendant que je dressois une table auprès de son fauteuil, la gouvernante passa sous le menton du vieillard une serviette, et la lui attacha aux épaules. Un moment après, je servis un potage qu'on auroit pu présenter au plus fameux directeur de Madrid, et deux entrées qui auroient eu de quoi piquer la sensualité d'un vice-roi, si la dame Jacinte n'y eût pas épargné les épices, de peur d'irriter la goutte du licencié. A la vue de ces bons plats, mon vieux maître, que je croyois perclus de tous ses membres, me montra qu'il n'avoit pas encore entièrement perdu l'usage de ses bras. Il s'en aida pour se débarrasser de son oreiller et de ses coussins, ot se disposa gaiement à manger. Quoique la main lui tremblât, elle ne refusa pas le service : il la faisoit aller et venir assez librement, de façon pourtant qu'il répandoit sur la nappe et sursa

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