‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 46 sur 429 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

serviette la moitié de ce qu*il portoit à sa bouche. J'ôtai la bisque, lorsqu'il n'en voulut plus, et j'apportai une perdrix flanquée de deux cailles rôties que la dame Jacinte lui dépeça. Elle avoit aussi soin de lui faire boire de temps en temps de grands coups de vin un peu trempé, dans une coupe d'argent large et profonde qu'elle lui tenoit comme à un enfant de quinze mois. Il s'acharna sur les entrées, et ne fit pas moins d'honneur aux petits-pieds. Quand il se fut bien empiffré, la béate lui détacha sa serviette, lui remit son oreiller et ses coussins; puis, le laissant dans son fauteuil goûter tranquillement le repos qu'on prend d'ordinaire après le diner, nous desservîmes, et nous allâmes manger à notre tour.

Voilà de quelle manière dinoit tous les jours notre chanoine, qui étoit peut-être le plus grand mangeur du chapitre. Mais il soupoit plus légèrement : il se contentoit d'un poulet ou d'un lapin, avec quelques compotes de fruits. Je faisois bonne chère dans cotte maison : j'y menois une vie très-douce. Je n'y avois qu'un désagrément ; c'est qu'il me falloit veiller mon maître et passer la nuit comme une garde-malade. Outre une rétention d'urine qui l'obligeoit à demander dix fois par heure son pot de chambre, il étoit sujet à suer; et, quand cela arrivoit, il falloit lui changer de chemise. Gil Bias, me dit- il dès la seconde nuit, tu as de l'adresse et de l'activité ; je prévois que je m'accommoderai bien de ton service. Je te recommande seulement d'avoir delà complaisance pour la dame Jacinte, et de faire docilement tout ce qu'elle te dira, comme si je te i'ordonnois moi-même : c'est une fille qui me sert depuis quinze années avec un zèle tout particulier; elle a un soin de ma personne que je ne puis assez reconnoitre. Aussi, je te l'avoue, elle m'est plus chère que toute ma famille. J'ai chassé de chez moi, pour Tamour d'elle, mon neveu, le fils de ma propre sœur; et j'ai bien fait. Il n'avoit aucune considération pour cette pauvre fille; et, bien loin de rendre justice à l'attachement sincère qu'elle a pour moS l'insolent la traitoit de fausse dévote; car aujourd'hui la verîu ne parott qu'hypocrisie aux jeunes gens. Grâces au ciel, je me suis défait de ce maraud-là. Je préfère aux droits du sang l'affection qu'on me témoigne, et je ne me laisse prendre seulement que par le bien qu'on me fait. Vous avez raison, monsieur, dis-je alors au licencié, la reconnoissance doit avoir plus de force sur nous que les lois de la nature. Sans doute, reprit-il, et mon le^l^m^wV.

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fera* bien' ^mr qo&je' se mepsomsiv guère d&nnss ponmtsb Bfegm» vernantiEf y aura boHn©» part, et tu n-y sera»^ poinfi oublie*, si. tn continue» comme tu» commenee»- à* me servir. Le vaifet que* j'ai mi» dehor» hier a perdu par sa- faute un bon* legsi Si ce mieé^ rable ne m'eût pas- oblige; par ses manière», à lui- donner sos congé, je' Taurois enrichi; ma»» c'étoit un orgueilleux qui ma»-' quoit de respect à la dame J^cinte, un paresseux qui craignoitta peine. Il n'aimoit pointa meF veiller, et c*étoit pour lui unechosi^ bien fktigante que- de passer les nuit» à me soulager. Mtl \» malheureux I m'écriai-je comme si le génie de Fabrice* m*eût inspiré, il ne méritoit pas d'être auprès d'un si honnête homms que vous. Un garçon qui a le bonheur de vous appartenir doii; avoir un zèle infatigable ; il doit se faire un plaisir de' son* devoir, et ne se pas croire occupé, lorsbmême qu'il' sue sraig etecta pour vous.

Je m'aperçus que» ce»parolès plurent fbrt au' licencié-. HJ ne ftit pas moins content de l'assurance que je lui donnai d'étw tftt»» jours parfaitement soumi» aux volontés de la dame- Jacintift. Voulant donc passer pour un valet que la fatigue ne pouvoit m^ buter, je faisois mon service de la' meilleure grâce qu'il m^ëdut possible. Je ne me plaignois point d'être toute» le» nuits* sw pied. Je ne laissois pas pourtant dé trouver cela très-désagréan ble; et, sans le leg» dont je repaissois mon espérance, je me'serois bientôt dégoûté de ma condition*; je n'y aurois pu résister^ il est vrai que je me reposois quelque» heures pendant \& jouR> La gouvernante, jie Mdois cette justice-, a voit beau coup dN pour moi ; ce qu'il falloit attribuer au soin que je prenoisde gner ses bonnes grâces par de» manières complaisante» eft pectueuses. Étois-je à table avec elle et sa nièce, qu'on appeloit Inésille, je leur changeoi» d'assiette, je leur versois à boine, j'avois une attention toute particulière à les servir. Jfe m'insî*^ nuai par là dans leur amitié. Un jour que la dame Jacinteëtoitii sortie pour aller à là provision, me voyant seul asee Inësiiliij j« commençai à l'entretenir. Jb lui* demandai si son pètvet: se marevivoient encore. Ohl que non, me répondi^elle': il' y a^ bknr longtemps, bien Ibngtemps qu'il» sont mort»; car ma» bonnetante me Ta dit, et je ne* lés ai' jamais vu»: Jb cm» pieusementr la;; petite fille, quoiqiiesarépon^nefûtpa»catégorique; et je lamim si bien en train de parier, qu'elle m^eao: dit plu» que je n'en» ^unlois savoir. Elle m'appriitt, ou- plutôt? je compri» parles^nsSi^efift»

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