‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 5 sur 429 · SUR LE SAGE ET SUB GIL BLAS. IX · texte numérisé non relu

SUR LE SAGE ET SUB GIL BLAS. IX

varès, a plu au public qui dans un roman veut que le style, toujours rapide et facile, se prête à Timpatience de sa curiosité. •

Mais le plus autorisé des jugements, celui qui devait compter le plus et rester, est tout naturellement celui de Walter Scott, le rénovateur du genre. Cet aimable génie si ouvert, si bienveillant, si exempt d'envie, ayant à parler de Le Sage dans sa Biographie des Romanden eé^ lèbres, l'a fait avec une abondance de cœur, une richesse de vues, une sympathie d'intelligence telle qu'on ne peut l'attendre que d'une âme fraternelle :

V De tous ceux qui connaissent ce charmant ouvrage, dit-il au sujet de Gil Bias en particulier, et qui aiment à se rappeler, comme une des occupations les plus agréables de leur vie, le temps où ils Pont dévoré pour la première fois, il est peu de' lecteurs qui ne reviennent de temps en temps à ce livre immortri avec toute l'ardeur et la vive émotion qu'éveille le souvenir d'an premier amour. Peu importe l'époque où nous nous sommes trouvés pour la première fois sous le charme, que ce soit dans l'enfance, où nous étions surtout amusés par la caverne des voleurs et les autres aventures romanesques de Gil Bias, que ca soit plus tard dans l'adolescence, alors que notre ignorance do monde nous empêchait encore de sentir la satire une et amère cachée dans tant de passages, ou enfin que ce soit lorsque noos étions déjà assez instruits pour comprendre toutes les diverses allusions à l'histoire et aux affaires publiques , ou assez ignorants pour ne point chercher à voir dans le récit autre chosa que ce qu'il découvre directement, l'enchanteur n'en exerça pas moins sur nous un pouvoir absolu dans toutes les circonstances,. Si Gray a deviné juste en prétendant que rester nonchaXaiM&saX

X JUGEMENTS ET TéUOIGITAGBS

étendu sur un sofa et lire des romans nouveaux donnait une assez bonne idée des joies du paradis, combien cette béatitude ne serait-elle pas encore augmentée, si le génie de Thomme pouvait enfanter un second Gil Bias !

a Le titre d'auteur original de ce délicieux ouvrage a été sottement, je dirais presque avec ingratitude, contesté à Le Sage par ces demi-critiques qui s'imaginent découvrir un plagiat dès qu'ils peuvent apercevoir une espèce de ressemblance entre le plan général d'un bon ouvrage et celui d'un autre de même nature, qui a été traité plus anciennement par un écrivain inférieur. Un des passe-temps favoris de la sottise laborieuse consiste à découvrir de pareilles coïncidences; car elles semblent rabaisser le génie supérieur à l'échelle ordinaire de l'humanité, et par conséquent mettre l'auteur de niveau avec ses critiques. Ce n'est point le simple cadre d'jme histoire, ni môme l'adoption de détails mis en œuvre par un auteur antérieur, qui constituent le crime littéraire de plagiat...

« Toute la composition de Gil Bias, d'un bout à l'autre, me parait, dans ce qui constitue l'essence d'une œuvre littéraire, tout aussi originale que la lecture en est délicieuse.

tt Le héros qui raconte lui-môme son histoire avec ses propres réflexions est une conception qui n'a pas encore été égalée dans aucune fable romanesque ; et cependant Gil Bias se montre un personnage si réel que nous ne pouvons nous dépouiller de l'idée que nous lisons le récit de quelqu'un qui a véritablement joué un rôle dans les scènes dont il nous entretient. Gil Bias a toutes les faiblesses et les inconséquences inhérentes à notre nature, et que nous reconnaissons chaque jour en nous ou dans nos amis. Il n'est point par nature un hardi fripon, tel que ceux que les Espagnols ont peints sous les traits de Paolo ou de Guzman, et tel que celui que Le Sage a créé dans Scipion. Gil Bias au contraire est naturellement porté à la vertu ; mais son esprit est par malheur trop facilement séduit pour résister aux tentations du mauvais exemple ou de l'occasion. Il est timide par

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