LIVRE U, CBAPITRB IX
concert très-bruyant. Nous allâmes au-devant d'eux, et Diego se fit connoitre. Des cris de joie s'élevèrent aussitôt dans rassemblée, et chacun s'empressa de courir à lui. II n'eut pas peu (faffaires à recevoir tous les témoignages d'amitié qu'on lui donna. Toute sa famille et tous ceux mêmes qui étoient présents Faccablèrent d'embrassades, après quoi son père lui dit : Tu sois le bien venu, Diegol Tu retrouves tes parents un peu engraissés, mon ami ; je ne t'en dis pas davantage présentement ; je t'expliquerai cela tantôt par le menu. Cependant tout le monde s'avanga dans la plaine, se rendit sous les tentes, et s'assit autour des ta* blés qu'on y avoit dressées. Je ne quittai pas mon compagnon, et nous dînâmes tous deux avec les nouveaux mariés, qui me panirent bien assortis. Le repas fut assez long, parce que le maître d'école eut la vanité de le vouloir donner à trois services, pour remporter sur ses frères qui n'avoient pas fait les choses si magaifiquement.
Après le festin, tous les convives témoignèrent une grande impatience de voir représenter la pièce du seigneur Thomas, ne doutant pas, disoient-ils, que la production d'un aussi beau génie que le sien ne méritât d'être entendue. Nous nous approchâmes du théâtre, aurdevant duquel tous lesjoueurs d'instruments s'étoient déjà placés pour jouer dans les entr'actes. Comme chacun, dans un grand silence, attendoit qu'on commençât, les acteurs parurent sur la scène ; et Tauteur, le poëme à la main, s'assit dans les coulisses, à portée de souffler. Il avoit eu raison de nous dire que la pièce étoit tragique; car, dans le premier acte, le roi de Maroc, par manière de récréation, tua cent esclaves maures à coups de âèches ; dans le second, il coupa la tête à trente officiers portugais qu'un de ses capitaines avoit faits prisonniers de guerre; et* dans le troisième, enfin, ce monarque, soûl de ses femmes, mit le feu lui-môme à un palais isolé où elles étoient enfermées et le réduisit en cendres avec eUes, Les esclaves maures, de même que les officiers portugais, étoient des figures d'osier faites avec beaucoup d'art, et le palais, composé de carton, parut tout embrasé par un feu d'artifice. Cet embrasement, accompagné de mille cris plaintifs qui sembloient sortir du milieu des flammes, dénoua la pièce, et ferma le théâtre d'une façon très-divertissante. Toute la plaine retentit du bruit des applaudissements que reçut une si belle tragédie; ce qui justifia le bon goût du poëte, et fit coanoitre qu'il savoit bien choisir ses sujets.
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Je m'imaginois qu'il n'y avoit plus rien à voir après les Amtf» sements de Mvley Bugentuf; mais je me trompois. Des timbales 8t des trompettes nous annoncèrent un nouveau spectacle : c'ëtoit la distribution des prix ; car Thomas de la Fuente, pour rendre la fête plus solennelle, avoit fait composer tous ses écoliers, tant externes que pensionnaires, et il devoit ce jour-là donner à ceux qui avoient le mieux réussi des livres achetés de ses propres deniers à Ségovie. On apporta donc tout à coup sur le théâtre deux longs bancs d'école, avec une armoire à livres, remplie de bouquins proprement reliés. Alors tous les acteurs revinrent sur la scène, et se rangèrent tout autour du seigneur Thomas, qui tenoit aussi bien sa morgue qu'un préfet de collège. Il avoit à la main une feuille de papier où étoient écrits les noms de ceux qui dévoient remporter des prix. Il la donna au roi de Maroc, qui commença de la lire à haute voix. Chaque écolier qu'on nommoit alloit respectueusement recevoir un livre des mains du pédant; puis il étoit couronné de lauriers, et on le foisoit asseoir sur un des deux bancs, pour l'exposer aux regards de l'assistance admirative. Quelque envie toutefois qu'est le maître d'école de renvoyer les spectateurs contents, il ne put en venir à bout, parce qu'ayant distribué presque tous les prix aux pensionnaires, ainsi que cela se pratique, les mères de quelques externes prirent feu là-dessus, et accusèrent le pédant de partialité: de sorte que cette fôte, qui jusqu'à ce moment avoit été à glorieuse pour lui, pensa finir au^si mal que le festin des Lapithefc
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